… Distrait à l’heure où j’ai tout compris, où je suis certain que mon chef, M. Cernaux, m’approuve et qu’il a depuis longtemps deviné l’amour de Madeleine ? Que ferais-je d’une importune distraction ?
Regardons, un instant par simple curiosité, comme le flâneur jette un coup d’œil, en passant, sur les boutiques.
Les gens d’en face ?… Maxime est seul. Il a relevé les stores. La pièce est éclairée ; il y marche de long en large.
Regardons bien, au contraire ! Maxime, je veux dire (ah ! me serais-je trompé ?) ce gros homme de très haute taille qui fait les cent pas, qui se promène comme une bête en cage… Ah ! mon Dieu ! ce n’est pas Maxime ! Maxime était un être inventé à plaisir ; Maxime était un personnage de rêve, de cauchemar plutôt que de rêve. Je le vois très clairement : il allume une cigarette à son briquet, d’un geste que j’ai mainte fois remarqué…
C’est Jérôme !… Je vous jure que l’homme qui loge dans l’appartement de l’autre côté de la rue porte le nom de Jérôme Devilliers et qu’il passe pour un chirurgien très réputé !
Lui !… Quel hasard l’a mené là ? Il ne sait donc pas que je me trouve à quelques mètres, qu’une rue seulement nous sépare ? Certaines camaraderies en qui l’on avait foi se défont vite.
« Aussitôt rentrés à Paris, disait-il, quelle bonne amitié sera la nôtre ! et tu n’auras plus à rendre aseptique ma table d’opération. »
Il me traitait comme un égal, comme un ami. Ce temps est passé.
Un pareil abandon me dégoûte un peu : j’en ressens de la peine, trop de peine. Je ferme les yeux et veux retourner là-bas. Là-bas, à 949 kilomètres, par chemin de fer… Quand j’y serai, je ne penserai plus à Jérôme.