C’est un endroit de prix, une villa exquise, entourée de pins et d’oliviers et dont le jardin est planté de belles fleurs. On aperçoit la mer, tout au loin, qui présente, au delà des pins, une tache heureuse. Chaque matin, en ouvrant ma fenêtre, elle me réjouit le cœur. Le temps est ce qu’il doit être : heureux aussi. L’après-midi, nous faisons souvent de longues promenades : Mme Cernaux, sa fille Madeleine, son fils Édouard et moi. Mme Cernaux ne nous accompagne pas toujours, ses jambes étant douloureuses, assure-t-elle. Édouard Cernaux qui ne souffre pas de rhumatismes, que je sache, prétend avoir de secrètes besognes dont il ne peut s’occuper que dans la solitude, des lettres importantes à écrire (n’étais-je pas son secrétaire à Paris ?) tout cela afin de nous laisser seuls.
Courses sous bois avec Madeleine, causeries prolongées, sauf quand il fallait du silence ou quelque rêverie solitaire…
Chers souvenirs ! chères soirées dans le petit salon d’un rose passé où, parfois, on fait flamber deux ou trois bûches pour ajouter encore une touche de tiède intimité.
Cernaux m’avait prié d’emporter des toiles, du papier, mes pinceaux, mes couleurs, mes crayons.
« Il ne faut pas vous ennuyer chez nous, ni trouver le temps long. »
M’ennuyer !
Madeleine me montre les points de vue, les détails du paysage qui lui agréent plus particulièrement. J’en fais pour elle des esquisses que, plus tard, je reprendrai ou des dessins plus poussés que je saurai, j’espère, graver, un jour, et qui deviendront des eaux-fortes.
Ce matin, lumineux et faste entre tous les matins, nous avons visité ensemble une petite église provençale, toute proche, rustique et d’un style assez pur. Des souvenirs d’enfance la lui rendent chère. Nous sommes entrés. Je voulais la bien connaître.
En sortant, Madeleine m’a dit, tout bas :
« Je rêverais que cette petite église fût décorée par vous, à votre idée, librement, sans contrainte… Elle me plairait plus encore, je la chérirais davantage. »