La journée passe, tant bien que mal. Pour être honnête, je devrais insister sur le bien, car j’ai découvert, tout seul, un moyen de me procurer à volonté des moments supportables.
Je ferme les yeux et m’imagine travaillant à ma décoration. Il y a, quelque part dans le vaste monde, un cartable plein de croquis, d’esquisses, de plans, pour la mise en place de cette œuvre future qui demeurera, hélas ! dans ma tête, mais qu’il me plaît de composer d’avance, derrière mes paupières closes.
Vous ai-je parlé du sujet ?
L’église n’a que trois murs dont on puisse se servir utilement. Je voudrais les décorer par une représentation peinte des rois Mages.
Gaspard et Balthazar, en marche, tiennent la gauche et la droite. Le panneau du centre, au fond, nous présente Melchior, parvenu au terme de sa queste mystique, devant la crèche où sont la Mère et l’Enfant.
Mon idée serait de traiter les panneaux latéraux en clair obscur : Gaspard et Balthazar voyagent dans une nuit finissante, au lieu que, sur le panneau du centre, se lève une aurore d’orient où paraît encore, tout en haut, l’étoile qui servit de guide aux rois Mages, un peu pâlie par le jour naissant.
Le panneau du milieu, plus grand que les deux autres, me permet d’y grouper les trois bergers, l’âne et le bœuf, aux côtés de la Sainte Famille.
J’éprouve un très réel repos à préparer ma tâche. Parfois, un détail s’offre à moi ; je cherche à le bien situer, et parfois, ce sont des questions de lumière qui m’inquiètent.
Où donc est ce cartable, plein de dessins et d’indications qui me seraient précieuses ?… Je le feuilleterais joyeusement… Patience ! Je le ferais feuilleter par une main charitable qui me présenterait mes croquis dans un bon jour. Même ainsi, je crois qu’ils me deviendraient vite familiers, comme jadis, mais sans attendre, il me faut admettre que le geste de Gaspard est maladroit : il conviendra de l’étudier de nouveau, avec un modèle bien choisi.