Je ne dirai pas un mot de la journée !… Bouche close !… Bouche cadenassée !…

Ah ! « le chemin de la guérison » : l’odieuse phrase professionnelle ! Vraiment, elle manquait au bouquet !

Il est sorti, enfin, tout tranquillement !

Par un effort de ma bouche, de ma langue, n’aurais-je pu former et lui lancer un crachat ?…

XVIII

Il fait grand vent. Je l’ai entendu souffler très tôt ; il souffle encore, il siffle même. En certains coins de France, il doit hurler, mais ici, rue de la Baume, il perd de sa noblesse tragique et se satisfait d’ennuyer un pauvre malade immobile, par des bruits inharmonieux. Ce vent opiniâtre, insistant, se donne du mal, il m’agace, il me tape sur les nerfs.

A Paris, le vent n’a rien de romantique. Sans lui, la matinée serait plaisante. On se promènerait volontiers ! Je vois du soleil ; le ciel doit se rapprocher du bleu, du bleu pâle de Paris, se parer d’ailes d’anges, à peine sales, presque blanches… Un beau ciel, quoi !

Cependant, afin de m’agréer, le vent me conduit à rêver de beaux voyages, de longues traversées, (je suis bon marin), d’aventures lointaines, ou, simplement, il me rappelle des coups de mistral en Provence, où les platanes ont l’air si malheureux, où la couleur de la Méditerranée change, où le ciel (le seul qui soit), se dévêt de tout ornement floconneux et se montre nu.

Madeleine aimait le vent. Certains jours je devinais son adorable corps sous l’étoffe plaquée ; elle riait avec le vent, elle chantait dans le vent, le vent jouait avec elle.

A quoi sert d’y songer, ce matin, puisque Madeleine est absente ?