Le médecin passe ; il fait ses petites simagrées coutumières, puis il part. J’avais juré de ne pas souffler mot : je n’ai donc pas soufflé mot. Il en paraissait mécontent, gêné. Sa figure montrait même un peu d’inquiétude… Ah ! tant mieux !

Ensuite : visite de l’infirmière. Celle-là ne me cause aucun tracas : elle entre, elle sort… Une grosse femme qui parle avec un léger accent de l’est, (alsacien ?) Elle se montre empressée, habile, et s’excuse quand il m’arrive de crier ; polie, en outre. Elle m’est parfaitement indifférente.

Et me voilà seul, de nouveau. Ce vent m’agace de plus en plus. Puisque je pensais à des voyages, d’ailleurs inutiles, pourquoi m’a-t-on privé du paravent chinois, de mon paravent ? Il fut d’abord ouvert au pied de mon lit, puis on le plia contre le mur, puis il disparut définitivement. Il m’eût, aujourd’hui, permis de petites courses faciles, variées, sans surprises, les sites m’étant bien connus, mais agréables, au lieu que je dois m’intéresser au paysage imposé, qui ne change guère, d’un balcon au milieu duquel une fenêtre donne chez moi. Le divertissement est maigre…

Ah ! je me souviens ! mon paravent laissait passer le soleil, à certaines heures, n’étant pas assez haut, et le jour me gênait. Il resta très peu contre le mur, enfin on l’exila pour ne pas s’y accrocher les pieds. C’est une attention du personnel de la clinique, une attention touchante, en vérité, (j’allais dire émouvante). Cette clinique est de beaucoup la meilleure de Paris, j’y passe des journées exquises, des nuits sans pareilles, malgré son numéro 13. Mes yeux vont se remplir de larmes…

Si le vent se met à faire chanter les vitres !…

Il s’y met bien…

Je vais donc m’absenter, un moment, sur le balcon déjà cité.


Le balcon d’en face est vide, comme tous les jours. Je reconnais le dessin de la balustrade à cause d’une courbe de la fonte où je passais les pieds pour me pencher, ce qui épouvantait Madeleine et lui donnait, disait-elle « mal au cœur ».