D’elle, je ne parlerai pas. Si je ferme les yeux, c’est pour ne plus la voir.


Le plus commode serait, en somme, de finir ici même. J’ai remarqué que mes forces reviennent, que je n’ai plus de fièvre. A la rigueur, je pourrais me lever. On s’en est aperçu ; il y a quelques instants, le médecin parlait de fauteuil roulant, de béquilles, de je ne sais quoi !

Néanmoins il y a des inconvénients.

Dans la pièce voisine, je trouverais facilement du poison. J’entends souvent ouvrir une petite armoire. On en tire des flacons étiquetés de rouge dont quelques gouttes me sont offertes, avec parcimonie, dans le fond d’un verre d’eau. Cependant, il y a des femmes qui font la garde. On les appelle des gardes : le terme est juste. Elles interviendraient, pousseraient des cris, m’arracheraient des mains la drogue espérée… « Michel Duroy livré aux bacchantes » : beau sujet de tragédie !

Me jeter dans la rue ? Un troisième étage suffit… Même obstacle : mon poste de police serait alerté, avant même que je n’aie ouvert la fenêtre.

Une lame d’acier ?… Je me charcuterais inutilement.

Un revolver ?… Où le trouver ? et il y aurait toutes les chances pour qu’il ne fût pas chargé. Nous sommes ici dans une clinique où je parie que l’on se suicide peu.

Me pendre ?… Je ne vois ni corde, ni ficelle solide.

Quel ennui !