« La familiarité n’engendre rien de bon… »
Encore une phrase entendue, retenue, approuvée par ma tante.
Décidément, je suis un mauvais élève. Les jours passent, formant des semaines, des mois, des années. La série est interrompue par d’autres jours, d’autres semaines, où l’on ne fait rien, où l’on ne s’ennuie pas moins, cependant. L’abbé Verdier est fort mécontent de moi.
« Je rougirais d’avoir enseigné un cancre ! »
Ayant cherché « cancre » dans le premier volume des dictionnaires du coin de gauche, je trouve d’abord « crabe tourteau », ce qui m’amuse, car j’imagine mal l’abbé Verdier enseignant un crabe, et puis, hélas ! « écolier paresseux ».
Ce fut le début d’une période orageuse : reproches, paroles indignées, discours aigres de tante Valérie, tous très sévères et qu’il faut écouter de façon contrite, mais on assure que je ne sais pas m’y prendre.
« Figurez-vous, l’Abbé, il a le front de rire en dedans ! »
Ce front qui rit en dedans m’est incompréhensible.
Voici que je porte culottes, des bas de laine, puis des pantalons et une tunique. Je suis, paraît-il, un grand garçon. Je dois, faute d’être instruit par l’étude des chef-d’œuvres interprétés par l’abbé Verdier, ne point passer pour un ignorant. Et ce sont des leçons encore. On me fait connaître les monuments de Paris, ceux qui instruisent sans amuser. Quand je me promène ou, pour mieux dire, qu’on me promène (tante Valérie s’en charge) la visite proposée tourne à la leçon d’histoire : « puisque les livres ne lui apprennent rien ».
C’est ainsi que je fus mené à l’Observatoire, à la place Vendôme, à la Chapelle expiatoire, aux Catacombes de la place Denfert-Rochereau, enfin à diverses églises. Les notes mnémotechniques de ma tante, préparées par l’abbé, reposaient dans un sac de velours à fermoir de corne, puis étaient rangées très soigneusement, afin de servir plus tard.