Des vers de fruit pénètrent par acrobatie au sein de cette pomme tombée.
Un éphémère naît, mais à peine m’a-t-il charmé qu’il meurt aussitôt… désolant incident !
Agrippée au centre de sa toile, l’impériale araignée surveille d’un œil acrimonieux et glouton les victimes qu’elle choisira pour festoyer tout à l’heure. Elle les goûte, les savoure par avance et s’en délecte. Celle qui vient de se prendre au réseau pernicieux n’est pas dévorée tout de suite : on l’habille d’abord de soie grise, puis on l’accroche dans le garde-manger.
Mais rassurez-vous, bonnes gens ! l’araignée, elle aussi, mourra de male mort : au cours de cette comédie jouée par des insectes, la morale est sauvegardée.
Cependant il me semble que pour animer une histoire de ce genre, pour la faire comprendre, pour émouvoir, pour la grandir enfin, sans loupe, et l’humaniser, il faudrait le ravissement vivant et spirituel de la musique… Où chercher le musicien qui tenterait à l’orchestre cette entomographie ?…
J’attendrai.
Tiens ! une sauterelle vient d’apparaître !
Elle trouve le monde entier devant elle, prêt à la recevoir.
Immobile, recueillie, rétractée, elle s’accroche à la tige d’une herbe immobile aussi, car nulle brise ne se fait sentir en ce moment. Rien ne bouge et, cependant, l’air danse alentour, sous l’injonction du soleil, un ballet transparent, muet, qui ne tient compte ni des grillons ni des chants du ruisseau, ni du sifflement bleu des longs croissants d’acier qui fauchent la prairie.
A peine moins verte que l’herbe, la sauterelle se distingue malaisément. Parce que je suis tout proche, moi seul je la découvre sans peine. Je vois le support de son brin d’herbe, je vois son petit squelette, ses gros yeux, son gros ventre et, devant elle, un vaste monde étendu, bleu dans le haut, gris plus bas à l’horizon que des fumées encombrent, vert foncé, plus bas encore, enfin, de la lisière du bois jusqu’à ma lisière personnelle, d’un vert égal, assuré, sans surprises, si l’on efface quelques taches de coquelicots.