« Ottavio ! »
C’est maman qui m’appelle du perron. Je cours la rejoindre au plus vite et la trouve toute changée. Jamais je ne l’ai vue ainsi. Elle pince les lèvres comme l’on fait lorsqu’on a mal ; sa voix aussi est différente : très calme, très unie et cependant étrangère. J’en suis bouleversé, sans savoir pourquoi.
« Ottavio, me dit-elle, je remonte au premier étage. Va rejoindre ton père dans son bureau. »
Et puis elle me sourit d’un sourire difficile, très tendre, certes, mais difficile ; je ne trouve pas d’autre mot. Ce sourire contraint, je puis encore me le représenter aujourd’hui.
Papa m’embrasse et me caresse les joues. Son visage ni sa voix ne semblent changés.
« Assieds-toi, mon petit, écoute-moi bien : je vais te parler très sérieusement, comme à un grand garçon. »
Il tousse et respire un peu fort.
« Tu savais, n’est-ce pas ? que ta bonne-maman était malade. Nous ne t’avions pas dit qu’elle était même très malade, depuis dimanche dernier. Cet après-midi, à trois heures, elle est morte, mais elle n’a pas souffert. Le médecin déclare qu’elle s’est éteinte : cela signifie qu’elle est morte doucement, au lieu que, pour mourir, on a quelquefois très mal. Tu ne la verras plus. »
Je ne verrais plus bonne-maman !…
Aucune douleur, point de larmes… je me sentais tout ahuri, tout éberlué et ce que Papa venait d’affirmer ne me paraissait pas vrai. Ne plus voir bonne-maman ! cela était impossible. Je le lui dis du mieux que je pus.