Je murmure à l’oreille de Saltier :
« Que penses-tu de lui ?
— Tais-toi donc ! murmure Saltier qui déjà s’épouvante, mais Dalsant me répond tout bas :
— Ça m’a l’air d’un fameux numéro ! »
Le nouveau venu se nomme Monsieur Lequin.
« Aujourd’hui, nous dit-il, pas de classe ; nous causerons, nous ferons connaissance… »
Je ne demande pas mieux, mais quelle singulière idée !
Il nous explique sa méthode, sur un ton sérieux où cependant perce de l’ironie. Il tâchera, en somme, de ne pas trop nous embêter, du moins il l’affirme. Il se rend compte que l’étude est rarement réjouissante, que les textes classiques ont quelque chose d’austère qui rebute, qu’une attention soutenue ne se donne pas sans effort. Comme nous, il a passé par là et se souvient de son temps d’épreuves. Nous en profiterons peut-être.
Il nous regarde en parlant, il fixe les yeux sur l’un de nous, puis sur un autre. Quelques incidentes : « n’est-ce pas ?… voyez où je veux en venir… comprenez-vous ?… » permettent de participer à ce qu’il dit et le rapprochent.
Assurément, il m’effare un peu, mais je crois sentir que les débuts de notre professeur ne me sont pas antipathiques : je me rappelle des causeries entendues chez moi. Dans ces phrases sérieuses mais sans nulle pompe et qu’un sourire accompagne, je reconnais certaines façons de parler de mon père.