Landoux découvrit que l’une de ses cousines était charmante. Pour elle, il délaissa, un temps, les entrailles de la terre et les combinaisons chimiques qui s’y perpètrent. Par une singulière occurrence, ce fut cette même cousine qu’il épousa, nombre d’années plus tard. Il l’aime encore, comme il aime encore la chimie.

De son côté, Silas faisait des sorties mystérieuses, inexpliquées. Il lui arrivait d’être absent deux jours de suite ; d’autres fois, il consignait sa porte. Les bruits les plus flatteurs couraient à son propos. Pour les confirmer, il nous donnait des traductions de poèmes érotiques anciens. — Enfin, moi, je cherchais mon idole, je la trouvais de temps à autre, je me fatiguais d’elle assez vite, mais avais soin de la chanter par avance. Ces chants, restés inédits, longtemps conservés, sont, je le crains, perdus pour les lettres : il me semble qu’un soir où je rappelais de vieux souvenirs, le feu en disposa.

Brusquement, nous vécûmes en plein drame.

Landoux s’étant permis une appréciation tendancieuse sur la cravate que portait Morin, celui-ci commença par lui dire de sa voix la plus douce que l’ironie était interdite aux chimistes, puis il se fâcha tout rouge et menaça son ami de lui botter les fesses.

Quinze jours après, Vernon commit l’irréparable erreur d’écrire ce vers :

« Et comment serait-on vraiment belle étant blonde ? »

Leveil le couvrit aussitôt d’injures, car sa belle était blonde, sans contredit.

Silas disparut pendant huit jours, après avoir tenu publiquement ce propos qui nous fut vite répété :

« Je vais me reposer de la littérature de mes camarades : elle est aussi peu délectable qu’ils le sont eux-mêmes. »

Moi, cependant, je tâchais d’arranger les choses et me procurais de ce fait des ennemis dans tous les camps. Pour comble d’infortune, je reçus de mon ami Dalsant, élève de rhétorique supérieure à Paris, une lettre désobligeante, en réponse à celle où je le priais de donner quelques pages au prochain numéro d’Azur. Il ne me cachait nullement que son intention était de ne jamais collaborer à une revue toute farcie de sottises où, pour ma part, j’accumulais, à son avis, les fautes de français, les fautes de goût et les impropriétés de termes. Je le traitai, en mon for intérieur, de pédant prétentieux, me réservant de le lui faire savoir, plus tard, de vive voix.