[460] Erat autem Vizeliaco quidam qui dicebatur Hugo de S. Petro, advena, genere et moribus ignobilis, quem natura inopem protulerat, sed manus arte docta mechanica locupletem effecerat. Is ut erat acer ingenio… (Ibid., p. 526, col. 1.) — Il est évident que les mots arte mechanica ont ici le sens spécial que leur donnaient les Romains, et désignent, non une profession manuelle en général, mais le métier de constructeur de machines. Les qualités d’esprit attribuées à Hugues de Saint-Pierre et sa richesse ne peuvent se comprendre que s’il s’agit d’un ouvrier artiste fort prisé pour son intelligence et dont le travail était chèrement rétribué. (Voyez Forcellini, Latinitatis Lexicon, au mot Mechanicus.)

[461] … Comitem modo muneribus illiciebat, modo fraudulentis spebus animabat, quatenus extorqueret ab ecclesia jus justitiæ, seu judicii dirimendi vel examinandi causas hominum Vizeliacensium. Sperabat enim nefandissimus homo toti se principari vico, si per gratiam tyranni juris judicii sibi daretur optio. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 526, col. 1.)

En même temps il tâchait d’inspirer à ses concitoyens la passion de la liberté et la haine du pouvoir temporel de l’abbaye. Il réunissait les plus ardents et les plus courageux dans des assemblées secrètes[462] ; là, sans doute, on rappelait avec orgueil les exemples déjà donnés par Vézelay de résistance à l’oppression, deux émeutes, dans l’une desquelles, vers l’année 1105, un abbé avait péri[463], et dont l’autre amena, en 1137, une transaction entre l’abbaye et les bourgeois. On s’élevait contre l’insuffisance de cet acte, qui, en faisant au bourg de larges concessions sur la mainmorte, avait refusé le droit d’élire annuellement quatre répartiteurs des tailles, demande née d’un premier désir de garantie contre l’arbitraire et l’organisation municipale[464]. Ces assemblées, tenues mystérieusement, causèrent une grande fermentation dans les esprits ; la soumission traditionnelle au pouvoir de l’abbé et des religieux de Sainte-Madeleine fut ébranlée de nouveau, et des actes de rébellion eurent lieu contre leur autorité seigneuriale.

[462] … Quare nonnullos pravitate sui similes clandestinis conciliabulis huic malignitatis proposito sibi associabat, ut sub specie libertatis proditionem meditarentur… (Ibid.)

[463] Il s’agit de l’abbé Artaud, dont le meurtrier fut un nommé Simon, fils d’Eudes, prévôt du bourg et serf de l’église de Vézelay. (Voyez ci-après, p. 258, ou Hist. Vizeliac. monast., lib. IV, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 543, col. 1.) Ce fut l’abbé Aubri, second successeur d’Artaud, qui fit la transaction de 1137.

[464] Cette pièce, très-curieuse, a été publiée dans l’Annuaire du département de l’Yonne pour 1845, p. 56 et suiv. — Outre la demande de contrôle sur la perception des tailles au moyen de quatre élus, les bourgeois firent celle d’intervenir comme arbitres dans les plaintes élevées contre l’abbaye par les paysans de ses domaines, celle d’un taux réglé pour la location des comptoirs de changeurs et de merciers, et celle de pouvoir dresser sur les places des étalages sans rien payer. Ces demandes, qui furent toutes repoussées en 1137, sont, par leur nature même, un signe de tendance au régime de la municipalité libre. (Voyez la charte de transaction, Annuaire de l’Yonne, 1845, p. 66, 67, 69, 70 et 72.)

Un des religieux, inspectant à cheval les propriétés de l’abbaye, rencontra un homme qui coupait du bois dans une réserve ; il voulut lui enlever sa cognée pour gage de l’amende, mais cet homme le frappa violemment et le renversa de cheval. Des serviteurs de l’abbaye s’emparèrent du coupable, qui eut les yeux crevés par vengeance et sans aucun jugement[465]. A cette nouvelle, qui fit grand bruit, le comte de Nevers éprouva, ou feignit d’éprouver beaucoup d’indignation ; il s’emporta contre les moines, les accusant à la fois de cruauté, d’iniquité et d’attentat contre ses propres droits comme seigneur haut justicier[466]. Ne se bornant pas aux invectives, il somma judiciairement l’abbé Pons de comparaître devant sa cour, pour y répondre sur diverses interpellations qui lui seraient faites ; mais celui-ci n’obéit point, et il adressa au comte des remontrances sur la nouveauté de ses prétentions. Alors toute trêve fut rompue ; le comte entra en hostilité ouverte avec l’abbaye et en fit dévaster les domaines. Il mit en état de blocus le bourg de Vézelay, et, après avoir fait publier par un héraut la défense d’y entrer ou d’en sortir, il envoya des gens armés pour garder les routes. Par suite de ces mesures, les marchands et les artisans de Vézelay, retenus de force dans leurs maisons et ne pouvant plus rien vendre ni rien acheter au dehors, furent réduits à une grande gêne. Ils éclatèrent en plaintes contre l’abbé, qu’ils accusaient d’avoir causé tout le mal par son obstination ; ils allaient même jusqu’à dire qu’ils ne le voulaient plus pour seigneur, et tenaient publiquement ce propos et d’autres du même genre[467].

[465] Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 426, col. 2.

[466] Quod factum quum resciret comes, dissimulato gaudio quasi nactæ opportunitatis calumniandi, perditionem minatur hujusce rei factoribus… (Ibid.)

[467] … Dicentes auctorem simul et causam malorum omnium esse abbatem… Felices demum se ac beatos fore prædicabant, si rejecto ecclesiæ jugo sese manciparent comitis arbitrio. (Ibid., p. 527, col. 1.)