[474] Hærens autem valde stupeo ubi sit, vel ad quantam ignaviam devenerit olim opinatissima virtus vestra, qua prudentissimum et satis liberalissimum abbatem Artaldum, ob duas tantum domorum stationes interfecistis… (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 529, col. 1.) — L’abbaye assignait dans la ville des logements par réquisition aux hôtes qu’elle recevait à la fête de Pâques et à celle de la Madeleine, ce qui privait les propriétaires des maisons ainsi retenues du profit qu’ils auraient eu à les louer à des pèlerins ou à des marchands. La transaction de 1137 statua qu’aucun bourgeois ne subirait cette charge deux fois de suite pour la même fête : « Addiderunt ut quorum hospitia, in uno Pascha hospitata fuerint, in proximo subsequente Pascha eis esse parcendum ; similiter et de festo beatæ Mariæ Magdalenæ deberi fieri dixerunt. » (Annuaire de l’Yonne, 1845, p. 62.)

[475] At vero si mutuam confœderationem ad invicem jurantes, ad me quoque fidelitatem servare volueritis, ubique meo fruemini præsidio, atque ab omni prava exactione malarum consuetudinum liberos vos facere studebo… (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 529, col. 1.)

Il y a, dans les grandes réunions d’hommes, un instinct de prudence qui les fait hésiter au moment de prendre quelque résolution hasardeuse. Les mécontents de Vézelay, d’abord disposés à l’audace, parurent tout à coup reculer. Montrant à ce discours étrangement révolutionnaire plus de calme que le comte ne s’y attendait, ils lui dirent que trahir sa foi envers son seigneur était une chose très-grave, qu’ils tiendraient conseil sur leur réponse, et qu’ils la lui donneraient à un jour et dans un lieu convenus. Quand l’assemblée se fut séparée, les hommes les plus considérables et les plus modérés se rendirent auprès de l’abbé Pons, pour essayer, s’il était possible, de prévenir une rupture ouverte : « Nous vous rapportons, lui dirent-ils, les paroles du comte de Nevers, et nous vous demandons, avec toute déférence, quels conseils vous nous donnerez dans de pareilles conjectures. »

L’abbé ne témoigna aucune émotion à cette confidence peu rassurante, et soit qu’il eût naturellement, soit qu’il affectât une grande impassibilité : « Mes fidèles et amis, répondit-il, votre prudence ne peut manquer de voir que si le comte s’est fait mon ennemi, c’est afin de vous circonvenir et de vous faire tomber, sous son pouvoir, dans la plus complète servitude, en vous privant d’une seigneurie qui, pour vous, est pleine de libertés[476]. J’ai combattu jusqu’ici avec persévérance pour vos franchises ; mais si, en retour, vous me payez d’ingratitude, si vous devenez traîtres envers moi et envers l’église, quelque affligé que j’en puisse être, je saurai m’y résigner, tandis que la peine de votre trahison retombera sur vous et sur vos enfants. Que si, écoutant de bons conseils, vous tenez prudemment pour vos intérêts, si vous demeurez inébranlables dans la foi jurée à votre seigneur et à l’église qui vous a nourris de son lait, je me sacrifierai volontiers pour vous, ne doutant pas que de meilleurs jours ne succèdent bientôt à ces tristes circonstances[477]. — Nous le croyons et nous l’espérons, reprirent les gens de Vézelay ; mais il nous semble qu’il serait sage de renoncer au procès avec le comte, de céder à votre adversaire et de conclure la paix avec lui[478]. — Moi, dit l’abbé, je n’ai de procès avec personne, mais je suis prêt à défendre mes droits contre quiconque les attaque. Céder à des prétentions injustes serait un acte d’insigne lâcheté. J’ai souvent demandé la paix, tant par prières qu’à prix d’argent, et jamais je n’ai pu l’obtenir de cet enfant de discorde[479]. » Ce furent les derniers mots de l’abbé, et les députés des bourgeois retournèrent sans qu’il leur eût fait aucune espèce de concession.

[476] … Minime, inquit, fideles mei, vestram latet prudentiam, quod ea sola de causa mihi inimicatur, ut dolo vos circumveniens plenius servituti suæ addictos subjiciat, erepto quod plenum est libertate dominio. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 529, col. 2.)

[477] Ibid.

[478] … Ita esse ut astruis omnino credimus et speramus. Sed enim renuntiare liti, cedere adversario, inire pacem cum eo, consultius nobis esse videtur. (Ibid.)

[479] Pacem denique tam prece quam pretio vel obsequio sæpe quæsivi, sæpius obtuli, sæpissime exegi, sed a filio discordiæ non potui pacem impetrare. (Ibid.)

Dès ce jour, les partisans des mesures conciliatrices perdirent toute influence sur l’esprit de leurs concitoyens. L’obstination de l’abbé devint le motif d’un soulèvement populaire, où l’on vit, comme dans des révolutions récentes, figurer la plupart des jeunes gens. Alors, dans une assemblée plus tumultueuse que la précédente, fut brisé tout lien de sujétion à l’égard de l’abbaye, et fut conclu, entre les bourgeois de Vézelay et le comte de Nevers, le pacte qui devait, en même temps, garantir au comte la seigneurie de la ville et donner à celle-ci, pour la première fois, l’existence municipale[480]. De ce pacte résulta l’établissement d’une commune, créée par le serment réciproque des bourgeois et de leur nouveau seigneur[481]. On ignore quelle loi fut promulguée pour le nouveau corps politique et comment furent organisés les différents pouvoirs municipaux. Tout ce que nous apprend le seul historien de cette curieuse révolution, c’est que les bourgeois donnèrent le nom de consuls à leurs chefs et à leurs juges, magistrats sans aucun doute élus par eux, bien qu’en définitive confirmés ou, selon l’expression du chroniqueur, constitués par le comte[482]. L’anomalie que forme ici la présence de ce titre de magistrature particulier aux municipalités libres du midi, et inconnu dans celles du nord et du centre de la France, s’explique, pour Vézelay, par les relations multipliées de cette petite ville à grand commerce avec des négociants de la Provence et du Languedoc.

[480] … Et ecce affluxerunt viri nequam, effundentes diu reconditum virus in latebris sævæ conscientiæ ; aggregataque sibi maxima sceleratorum juvenium multitudine, pacti sunt sibi mutuo fœdus sceleratæ conspirationis adversus æquissimi moderaminis et ingenitæ pietatis dominum suum… (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 529, col. 2.) — … Vizeliacenses burgenses, communiam inter se facientes, adversus dominum suum abbatem et monachos superbia inflati insurrexerunt… (Hist. Ludovici VII, apud Script. rer. gallic. et francic., t. XII, p. 132.)