[481] … Et convenientes ad præfixum diem et locum, confœderati sunt tyranno, legitimo domino suo abjurato, paciscentes ad invicem per manum tyranni execratam communiam… (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 529, col. 2.)

[482] Constituitque illis principes vel judices, quos et consules appellari censuerunt. (Ibid.) — Le titre de consuls, dans les villes grandes ou petites du moyen âge, a un sens qui implique nécessairement l’élection populaire ; les chartes accordées aux moindres bourgs des provinces méridionales ne laissent aucun doute à cet égard : « Et volo quod singulis annis in calma quatuor consules eligantur ad festum omnium Sanctorum quorum consilio tota terra mea videatur subjacere. » (Du Cange, Glossarium, verbo Consul, 3.)

Le comte de Nevers jura aux membres de la commune de leur donner aide et conseil contre qui que ce fût, de ne point faire sans eux de paix avec l’abbé Pons, et de ne jamais leur manquer dans aucune affaire[483]. Ainsi élevés de la triste condition de serfs domaniaux d’une abbaye au rang de citoyens et d’alliés d’un des plus puissants seigneurs du temps, les bourgeois de Vézelay voulurent s’environner de signes propres à manifester ce changement d’état, et ils prirent encore exemple des grandes municipalités nouvellement reconstituées du Midi. Ils élevèrent autour de leurs maisons des murailles crénelées comme marque de liberté personnelle et d’indépendance communale[484]. L’un des plus riches, nommé Simon, et exerçant la profession de changeur, se mit à bâtir, entre autres défenses, une tour à l’instar de celles dont quelques restes subsistent aujourd’hui à Toulouse, et qui étaient alors avec le consulat, pour les cités méridionales, une imitation de ce qui se faisait dans les républiques italiennes[485]. Ces constructions à l’aspect seigneurial, auxquelles demeurent attachés d’anciens noms de familles bourgeoises, furent loin d’être rares, au moyen âge, dans les villes situées non loin des rivages de la Méditerranée : Avignon, en 1226, ne comptait pas moins de trois cents maisons garnies de tours[486]. Sans doute les bourgeois de Vézelay, dans l’orgueil de leur liberté conquise, n’en élevèrent pas un pareil nombre, et cependant, si l’un des témoins du mouvement politique qui anima cette petite ville, au milieu du douzième siècle, pouvait la revoir aujourd’hui, ne serait-il pas bien étonné ? Ne se demanderait-il pas où est la vie, où sont les hommes du vieux temps ?

[483] Quique juravit illis consilio et auxilio nunquam vel nusquam adversus quemquamse defuturum. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 529, col. 2.)

[484] Ibid., p. 533 et 535.

[485] … De far arrasar las muralhas d’aquela, et abatre jusquas a terra, et aussi totas las maisons fortaressa que son dedins ladita villa… (Prise de Toulouse par Simon de Montfort, récit de la guerre des Albigeois publié dans l’Histoire générale de Languedoc, par dom Vaissette, Preuves, t. III, col. 56.) — Avant la Révolution, il existait à Toulouse une tour nommée la tour de Roaix, qui était un débris de la maison de cette ancienne famille. Aujourd’hui l’on en voit une, située à l’angle formé par deux rues près du collége de Saint-Raymond, et dont les formes architectoniques accusent la fin du douzième siècle ; selon la tradition, elle faisait partie de la maison de Hugues Jean, riche bourgeois de cette époque. A Mirepoix, dans la rue Salvan, se trouve une maison du douzième ou du treizième siècle, très-forte et munie d’une tour. Montpellier possède les restes d’un édifice de ce genre, et deux maisons pareillement fortifiées subsistent encore à Castres.

[486] Ad mandatum igitur legati, et rege imperante, fossata implentur ; trecentæ domus turrales quæ in villa erant, et omnes muri circumquaque solo diruti coæquantur… (Gesta Ludovici VIII, apud Script. rer. gallic. et francic., t. XVII, p. 309.)

LETTRE XXIII
Suite de l’histoire de la commune de Vézelay.

Ce n’était pas tout pour la commune de Vézelay d’être constituée par le serment mutuel de ses membres et par la nomination de ses magistrats ; elle avait avec l’abbaye, propriétaire du sol, des rapports qu’on ne pouvait rompre et qu’il fallait régler pacifiquement ; ce fut le premier souci des consuls. Ils songèrent à négocier pour obtenir de l’abbé Pons une remise sur ses droits domaniaux, remise par laquelle aurait lieu le partage des droits qui devaient subsister comme anciens et inhérents au domaine, et de ceux qui, abandonnés à la ville, seraient pour elle une première source de revenus communs. Il y avait alors à Vézelay deux légats du saint-siége, venus pour pacifier la querelle entre le comte de Nevers et l’abbaye[487] ; c’est à eux que les chefs de la commune, s’appuyant de l’autorité dont ils venaient d’être investis, s’adressèrent d’abord en sollicitant leur entremise[488]. Mais admis auprès des cardinaux, les consuls de Vézelay ne reçurent d’eux qu’une réponse adroitement évasive. Alors, n’espérant plus d’intermédiaire, ils se présentèrent devant l’abbé et lui firent directement leurs demandes au nom de la justice et de la paix. Ils le trouvèrent calme d’esprit, modéré de langage, mais inébranlable dans son refus de rien accorder tant que subsisterait la commune. « Vous abusez, leur dit-il, de la force que vous donne votre coupable confédération ; je ne vous ferai aucune remise, maintenant que vous avez le pouvoir de m’y contraindre. Mais si vous renoncez au mauvais pacte que vous avez fait, ce n’est pas une réduction seulement, c’est l’abandon entier de mes droits que vous aurez lieu d’attendre de ma mansuétude pour vous[489]. » A cette proposition, qui dut leur sembler dérisoire, les magistrats municipaux, élevant la voix, s’écrièrent : « Nous n’en ferons rien, nous entrerons plutôt en révolte armée contre l’église[490]. »

[487] Jean, cardinal légat en Angleterre, et Jordan, cardinal légat en Gaule.