[488] Ingressi denique majores natu, quique capita populi esse videbantur ad cardinales, freti auctoritate perfidiæ suæ postulabant remitti sibi quasdam consuetudines, quas novitatis et tyrannidis esse dicebant… (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 529, col. 2.) — Le sens des mots majores natu et auctoritate perfidiæ suæ est éclairci par cet autre passage du même historien : Misit itaque tyrannus majoribus conspiratæ proditionis, et futuræ concordiæ jussit eos interesse. (Ibid., p. 531, col. 2.) L’auteur, ennemi de la commune, affecte de ne pas la nommer et la désigne vaguement par les mots conspiration, trahison, perfidie.
[489] Verum si funditus relinquatis quod male pasti estis, non tantum remissionem, sed et condemnationem, uti nostram mansuetudinem decet, merebimini. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 530, col. 1.)
[490] Ibid.
Ne pouvant obtenir de gré à gré ce qui lui était nécessaire pour fonder sa propriété collective, la commune de Vézelay fut réduite à se faire elle-même sa part de droits sur le domaine seigneurial. Des assemblées, soit du consulat, soit de la bourgeoisie entière, qui se tenaient de jour et même de nuit, selon l’urgence des mesures à prendre, décidèrent cette prise de possession. Plusieurs fermes du monastère, déclarées biens communaux, furent envahies, et une partie de ses revenus fut transportée à la ville[491]. Ce que de pareils actes avaient en soi de violent se trouva encore aggravé par l’inexpérience administrative des chefs de la commune et par l’effervescence populaire. Il y eut des destructions de meubles et d’immeubles, des dévastations, des pillages, tous les genres d’excès qui accompagnent les révolutions grandes ou petites[492]. Enfin l’esprit de vengeance contre le pouvoir qu’on venait de briser devenant chez quelques-uns de la fureur, un complot se forma dans la ville pour tuer l’abbé s’il sortait du couvent.
[491] … Invaserunt colonias, etiam monasterii jura sive debitos redditus usurpaverunt… Et erant per dies et noctes consilia in conciliabulis malignantes… (Ibid., col. 2.) — L’historien mêle ces faits d’usurpation de biens avec d’autres violences qui n’eurent lieu que postérieurement, telles que la profanation de l’église et le blocus du monastère ; mais une lettre du pape Adrien IV au roi Louis VII établit clairement l’ordre des circonstances : il y eut d’abord saisie de terres et de revenus, les actes de sacrilége ne vinrent qu’après la sentence d’excommunication. (Voyez ci-après, p. [386].)
[492] … Domos plurimas ecclesiæ diruerunt, prædia, molendinos, omnemque supellectilem diripuerunt, mobilibus et immobilibus furia invecti non pepercerunt… (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 530, col. 1.) — Une note des ravages faits dans les domaines de l’abbaye, et des bourgeois qui y participèrent, se trouve jointe au manuscrit de l’histoire de Hugues de Poitiers, conservée sous le no 106 dans la bibliothèque publique d’Auxerre. Cette curieuse liste de noms a été publiée pour la première fois dans le Bulletin de la Société des sciences de l’Yonne, 1848, p. 544.
Pendant que ces choses se passaient, un commencement de négociation avait lieu entre les cardinaux et le comte de Nevers, et des conférences pour l’examen de la querelle étaient fixées à Chablis. Quand le jour de s’y rendre fut arrivé, les deux légats quittèrent Vézelay avec de grandes appréhensions, emmenant l’abbé, qu’ils firent placer entre eux pour lui servir de sauvegarde[493]. Les conférences de Chablis n’eurent aucun succès ; le comte ne voulut rien céder de ses prétentions et repoussa toute espèce d’arrangement malgré les menaces d’excommunication que lui faisaient les cardinaux. L’abbé Pons, après cette tentative inutile, ne reprit point le chemin de Vézelay ; il se dirigea vers le monastère de Cluny, où il reçut l’hospitalité. Dans cette retraite, il se mit à travailler activement contre la commune qui avait répudié son pouvoir et qui usurpait ses domaines ; il écrivit au roi, aux archevêques et aux principaux évêques de France pour solliciter leur appui. Il invita le pape à écrire lui-même au roi Louis le Jeune, et détermina, par ses instances, le légat pontifical des Gaules à prononcer l’excommunication contre les bourgeois de Vézelay[494].
[493] … Cardinales egressi sunt cum magno tremore, medium abbatem deducentes ob infidelium conspirationem, qui mortem illius devoverant. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 530, col. 1.) — Hugues de Poitiers place le départ de l’abbé avant la saisie et le pillage des domaines de l’abbaye par les bourgeois : Et cognito quod clam ab eis declinaverit abbas… (Ibid., col. 2.) Mais la lettre déjà citée du pape Adrien IV témoigne contre lui à cet égard : … Diripere bona ecclesiæ, et ipsum quoque abbatem exinde expellere præsumserunt… (Ibid., lib. I, p. 516, col. 2.)
[494] … Visum est cardinalibus ita ut abbas implorabat expedire. Data ergo sententia, malefactores illos atque sacrorum violatores, suique proditores, a corpore Christi, quod est Ecclesia catholica, anathematis gladio præciderunt… (Ibid., lib. III, p. 530, col. 2.)
L’ordre de promulguer cette sentence étant parvenu aux prêtres des églises paroissiales du bourg, ils se réunirent dans celle de Saint-Pierre, et firent leur publication devant une grande foule de peuple. Selon la teneur de l’arrêt, il y avait anathème lancé nominativement contre les chefs de la révolte et les principaux de la commune ; le reste des habitants était soumis en masse à l’interdiction des offices et des sacrements de l’Église, qui devaient cesser dans la ville, sauf le baptême des enfants nouveau-nés et la confession des mourants. Cette lecture, écoutée avec stupeur par la plus grande partie des assistants, excita chez les autres une colère furieuse. Ils se précipitèrent sur le prêtre qui venait de proférer la sentence, et ils l’auraient mis à mort, si des personnes plus calmes ne l’avaient aidé à se réfugier près de l’autel[495]. Le lendemain, ce même prêtre eut le courage d’enlever les deux battants des portes de l’église et d’obstruer le passage avec des ronces, ce qui était le signe de l’interdit ; mais Hugues de Saint-Pierre et un autre bourgeois, tous deux probablement magistrats municipaux, firent ôter les ronces et rétablir les portes[496].