[495] Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., p. 530, col. 1.

[496] Sequenti denique die, quum sublatis valvis aditum ecclesiæ ipsius spinis obstruxisset ; incentores omnis malitiæ Hugo et Petrus, uterque de Sancto-Petro cognominatus, abstulerunt spinas, et valvas restituerunt. (Ibid.)

Ce jour-là il y eut dans toute la ville de grandes clameurs contre les moines de Sainte-Madeleine, restés, en l’absence de leur abbé, sous le gouvernement d’un prieur. Plusieurs bourgeois pénétrèrent de force dans le monastère, et, entrant avec bruit dans l’appartement du prieur, ils l’accablèrent d’invectives, s’en prenant à lui de leur excommunication et le sommant de leur accorder une trêve. Le prieur répondit qu’il n’avait pas qualité pour les absoudre d’une sentence portée par le légat du siége apostolique, et que d’ailleurs il lui était impossible de faire aucune convention avec eux sans l’ordre exprès de l’abbé, son supérieur. Les bourgeois redoublèrent d’emportement et s’écrièrent : « Puisque vous nous excommuniez contre toute justice, nous agirons en excommuniés, et désormais nous ne vous payerons plus ni dîmes, ni cens, ni aucune rente quelconque[497]. »

[497] … Unanimiter responderunt : « Quia, inquiunt, nos excommunicatis immeritos, faciemus ut excommunicati videamur. Decimas itaque et censum, seu alios reditus consuetos, jam amplius vobis non persolvemus. » (Ibid., p. 531, col. 1.)

Quelle que fût la véhémence de leurs passions politiques, les habitants de Vézelay n’en étaient pas moins accessibles aux craintes et aux scrupules religieux. Profondément affectés de se voir sous le poids de la plus grave des censures ecclésiastiques, et d’être privés, sans recours prochain, des sacrements et des grâces de l’Église, ils envoyèrent au comte de Nevers pour se plaindre, et lui demander s’il ne pourrait pas les faire relever de l’arrêt d’excommunication. Mais le comte, qui commençait à être lui-même inquiété par les menaces et les messages des cardinaux, répondit avec brusquerie : « Je n’y puis absolument rien, et s’il leur plaît ils en feront tout autant contre moi[498]. » Les députés de la ville, interdits à cette réponse, gardèrent un moment le silence, puis reprenant la parole : « Où donc moudrons-nous notre blé, dirent-ils, où donc ferons-nous cuire notre pain, si les meuniers et les fourniers de l’abbaye ne veulent plus communiquer avec des excommuniés ? — Eh bien, reprit le comte, allez au four banal, chauffez-le avec votre bois, et si quelqu’un veut s’y opposer, jetez-le tout vivant dans le four ; quant au meunier, s’il fait résistance, écrasez-le vif sous sa meule[499]. »

[498] Quibus ille : « Non possum, inquit, aliud : ita etiam de me facient si voluerint. » (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., p. 531, col. 1.)

[499] … Ite, et de lignis vestris clibanum succendite, et coquite. Si quis obstiterit, vivum incendite : sed et si molinarius obstat, vivum similiter mola comminuite. (Ibid.)

En effet, les membres de la nouvelle commune, tout affranchis qu’ils étaient par leur constitution municipale, se trouvaient encore sous la dépendance du manoir abbatial, à cause de leur longue habitude de n’avoir ni moulins, ni fours, ni pressoirs particuliers. Ces différentes industries avaient été jusque-là exercées au profit de l’abbaye par ses serviteurs, clercs ou laïques, et comme il fallait du temps pour qu’un changement total se fît à cet égard, les bourgeois furent obligés d’entrer en querelles journalières avec les moines et leurs gens. Dans ces disputes et dans d’autres conflits amenés par la seule haine, les serviteurs étaient tués ou chassés de leurs maisons, et les moines accablés d’injures et de coups[500]. Le prieur, ne voyant plus pour les siens d’autre recours que dans la générosité du comte de Nevers, le supplia de s’interposer entre la commune et l’abbaye, et de faire que les bourgeois, devenus libres, consentissent à user de modération. Mais le comte, avec une dureté de paroles qui ne laissait pas la moindre espérance, répondit : « Ils ont bien fait ; pourquoi votre abbé les a-t-il excommuniés ? » Et il ajouta : « Je voudrais que vous fussiez tous partis et que votre couvent fût renversé de fond en comble. » Puis, arrachant un poil de la fourrure qui doublait son justaucorps, il dit du ton le plus insolemment dédaigneux : « Quand toute la montagne du Vézelay devrait être abîmée dans un gouffre, je ne donnerais pas cela pour l’empêcher[501]. »

[500] … Ita factum est, ut quidquid vellent damni, injuriæ, adversitatis, monasterio inferrent, pueros ecclesiæ de domibus suis expellerent, verberibus afficerent, et cum magna jactantia se adeo afflicturos monachos devoverent, quod absolutionem ipsorum pedes requirerent. (Ibid., p. 354, col. 1.)

[501] … Ille prava et perversa promittens, eos bene fecisse respondit, et exaggerando proloquutus sic dicebat… et monasterium funditus esset dirutum ! quare excommunicavit eos ? Et abstracto pilo vestis qua operiebatur, addidit : « Si mons Vizeliaci totus in abyssum usque foret præcipitatus, pilum istum non darem. » (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., p. 354, col. 1.)