[509] Nec enim ignorat tua prudentia, qualiter ab aliquot annis adversus dilectum filium nostrum Pontium Vizeliacensem abbatem favore Nivernensis comitis conspirati, diripere bona ecclesiæ, et ipsum quoque abbatem exinde expellere, præsumserunt : unde et corpore Domini, quod est ecclesia, fieri meruerunt extorres. Nuper etiam in ipsam ecclesiam facto impetu irrumpentes… (Hist. Vizeliac. monast., lib. I, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 316, col. 2.) — Cette lettre est datée du 20 mai 1155, ce qui donne trois ans passés depuis l’établissement de la commune.

[510] … Quatenus justitiæ zelo succensus, et afflictione supra dicti monasterii, ac nostris exhortationibus provocatus in manu valida Vizeliacum accedas et burgenses abjurare communiam quam fecerunt, et ad fidelitatem atque subjectionem dilecti filii nostri Pontii Vizeliacensis abbatis tanquam domini sui redire compellas ; ablata etiam eos restituere, et irrogata damna facias resarcire… (Hist. Vizeliac. monast., lib. I, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 316 col. 2.)

Les conseillers du roi Louis VII, peu empressés jusque-là de terminer une affaire qui devait leur attirer beaucoup d’argent de chacune des parties adverses, jugèrent qu’il fallait céder à l’injonction du chef de l’Église. On rassembla donc une armée, à la tête de laquelle se mit le roi en personne, accompagné de l’archevêque de Reims et de plusieurs autres prélats. Les troupes sortirent de Paris en l’année 1155, et se dirigèrent sur le comté de Nevers par la route de Fontainebleau[511]. Le comte, qui ne se croyait point assez fort pour soutenir la guerre contre le roi, envoya en grande hâte l’évêque d’Auxerre dire qu’il était prêt à exécuter tout ce que son seigneur déciderait au sujet de la commune de Vézelay, après l’avoir entendu, lui et les principaux de cette commune[512]. Le roi reçut ce message dans le bourg de Moret, à deux lieues de Fontainebleau, et il s’y arrêta pour attendre le comte de Nevers, qui ne tarda pas à venir. Plusieurs bourgeois de Vézelay, chargés de représenter leurs concitoyens, se rendirent aussi au même lieu. Quand les débats furent ouverts devant le roi et sa cour, l’abbé, comme plaignant, parla le premier. Il fit un récit sommaire de la révolte des habitants de Vézelay, des usurpations de la commune, des profanations et des violences faites ou tolérées par elle, et il demanda, contre les bourgeois solidairement, des dommages-intérêts pour toutes ses pertes, et justice entière des crimes commis durant la rébellion[513]. Le comte de Nevers, prenant la défense des accusés, s’exprima ainsi :

[511] Cujus contumacia auribus regis relata, ipse tantam indignationem comprimere digne cogitans, exercitum congregavit. Quo adunato, adversus prædictum comitem equitabat. (Hist. Ludovici VII, apud Script. rer. gallic. et francic., t. XII, p. 132.)

[512] Quod ille audiens, episcopum Autissiodorensem ad regem dirigens, mandavit ei quod secundum suam voluntatem de prædicta communia faceret. (Ibid.)

[513] Versi in seditionem homines isti qui præsto sunt mecum fratribus et pueris meis oppetierunt, fugatisque nobis et improvisis et insperatis, claustra monasterii violaverunt… rapinam bonorum omnium fecerunt, sanctuaria conculcantes contaminaverunt, cædem in monachos, et famulos nostros exercuerunt, et me ad mortem petierunt… Proinde adstans æqualitatis tuæ judicio, sanguinem meum et meorum, mortemque meam de manu istorum requiro… (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 532, col. 1 et 2.)

« On sait que la ville de Vézelay est peuplée de plusieurs milliers d’hommes de toute sorte, n’ayant pas les mêmes mœurs ni la même conduite, parce que la plupart sont des étrangers venus de différents lieux ; il serait donc injuste d’imputer à l’élite des indigènes, aux gens éprouvées en toute honnêteté, les excès que la multitude a pu commettre dans son emportement. Ce qu’il faut, sous le bon plaisir du roi, c’est que l’abbé désigne par leur nom ceux qu’il accuse de crimes, afin que les innocents soient absous et que justice soit faite des coupables[514]. » Ces paroles adroites, seul appui que le comte pût maintenant prêter à des hommes qui avaient tout osé, sur la foi de son patronage, furent vivement réfutées par les avocats de la partie adverse. « Les bourgeois de la haute classe, dirent-ils, sont aussi coupables que les autres, car leur devoir était de prendre en main la défense de leur seigneur. Ils sont complices de tout le mal, puisqu’ils n’ont rien fait pour l’empêcher. » Cette opinion fut celle qui prévalut, et la cour rendit son arrêt dans les termes suivants : « Tout homme du bourg de Vézelay qui, au départ de son seigneur l’abbé Pons de Montboissier, n’est point sorti avec lui, ou ne s’est point réuni aux frères assiégés dans le monastère, et ne leur a point prêté secours selon son pouvoir, est déclaré convaincu de trahison, de félonie, de parjure, de sacrilége et d’homicide[515]. »

[514] … Non est jure imputandum electis indigenis, et in omni lege et honestate probatis, quidquid erroneum vulgus per excessum deliquisse comprobatur… Quapropter si regio placet moderamini, denominentur ab abbate auctores sceleris, ut innoxiis absolutis justitiæ censura in reos decernatur. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II. p. 532, col. 2.)

[515] Tunc omnes pariter qui cum abbate ab Vizeliaco non exierunt, vel fratribus in monasterio obsessis non se adjunxerunt, vel auxilium non tulerunt, adjudicati sunt rei proditionis, infidelitatis, sacrilegii, perjurii, atque homicidii. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 532, col. 2.)

Après cette sentence criminelle vint le jugement des intérêts civils qui déclarait tous les condamnés solidaires pour la réparation des dommages éprouvés par l’abbé et par son église. Interrogé sur la somme de ses réclamations pécuniaires, l’abbé dit qu’elle s’élevait à 160,000 sous, non compris le dégât causé dans les forêts et sauf les amendes pour la trahison, le sang versé par les séditieux et la violation des lieux saints[516].