[528] … Et exinde latrocinia exercebant, viantes et peregrinos deprædabant. (Ibid., p. 534, col. 1.)
[529] … Mittebant absconditos exploratores in vico sub veste peregrina, qui eis deferrent necessaria, et referrent quæ didicissent consilia… (Ibid.)
[530] … Et congregati sunt profugi apud Corbiniacum, et cogitaverunt irruptionem facere, et vi repetere quas sponte formidolosi reliquerant sedes. Tunc collegit abbas externum exercitum, manum fortissimam, et homines doctos arcu et balista. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 533, col. 2.)
Il est probable que, sous cette désignation vague, l’historien du douzième siècle voulait parler de ces troupes mercenaires de cavaliers et de fantassins qui portaient alors le nom de routiers. C’étaient des bandes d’aventuriers bien disciplinées sous des chefs qui les louaient et se louaient eux-mêmes aux princes et aux seigneurs qui leur offraient la meilleure paye. Dans le temps où ces événements se passèrent, les rois de France et d’Angleterre se disputaient à main armée la possession de plusieurs villes de la Touraine et du Berri, et leurs querelles attiraient de ce côté les capitaines de bandes et leurs soldats. Ceux qui venaient du Midi, par la route de Lyon, devaient passer près de Vézelay. Il fut donc facile à l’abbé Pons d’en engager pour quelque temps un certain nombre à son service. Il cantonna dans le monastère les chevaliers, c’est-à-dire ceux qui portaient l’armure complète, et il distribua les autres, avec ses paysans et ses serviteurs, dans les fortifications que les bourgeois avaient élevées depuis l’établissement de la commune. La ville se trouva ainsi gardée contre toute attaque, et de nombreuses patrouilles circulèrent de jour et de nuit autour des murs et dans la campagne voisine[531]. Les émigrés, dont la plupart étaient sans armes, renoncèrent à leur entreprise ; mais ils eurent partiellement des rencontres avec les soldats de l’abbaye, et plusieurs d’entre eux, faits prisonniers, furent mis aux fers ou livrés à différents supplices[532].
[531] … Et militibus infra castrum retentis, cæteros divisit cum pueris suis, et posuit in munitionibus pessimorum… Omnes autem jussit per vices et die et nocte circuire et discurrere circa oppidum et prædia illius. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 534, col. 1.)
[532] Quicumque vero de fugitivis comprehendebantur, aut captivitatis miseria, aut membrorum mulcta puniebantur… (Ibid.)
L’abbé Pons s’empressa de faire acte de seigneurie absolue, en exerçant le pouvoir judiciaire indépendamment de la juridiction du comte de Nevers et sur les ruines de la juridiction municipale[533]. Non-seulement il fit juger par sa cour les bourgeois pris et ramenés dans la ville, mais des poursuites criminelles commencèrent contre les plus considérables et les plus compromis des absents. Hugues de Saint-Pierre, l’homme le plus riche de Vézelay et le principal instigateur de la révolte, fut le premier à l’égard duquel procéda la cour abbatiale. Après les sommations nécessaires pour qu’il fût déclaré contumace, à défaut de sa personne, on sévit contre ses biens. Sa maison, construite avec un grand luxe, ses bâtiments de toute sorte, des moulins qu’il venait d’établir, furent pillés et renversés de fond en comble ; on détruisit jusqu’aux ouvrages de maçonnerie faits pour amasser et conduire les eaux, et le fonds ainsi dévasté fut mis en vente à l’enchère[534]. Dix autres bourgeois, que le chroniqueur nomme, eurent pareillement leurs maisons démolies et tous leurs biens mis au pillage[535]. Pour d’autres, parmi lesquels se trouvait Simon le changeur, l’abbé voulut être clément, et fit modérer la sentence. Ils étaient, à ce qu’il semble, grands propriétaires de vignobles ; on se contenta d’enlever leurs vins[536]. Chaque jour, des arrestations faites sur les routes venaient augmenter le nombre de ceux qui devaient attendre en prison le moment d’être menés devant le roi, et ces nouvelles, portées aux réfugiés dans leurs retraites, les frappaient de crainte et de découragement[537].
[533] … Et obtinuit ecclesia jus justitiæ debitum, nec tyrannicam cogebatur adire curiam pro ulciscenda justitia. (Ibid.)
[534] … Et ultus est ecclesiam abbas Pontius de pessimo adversario illius Hugone de Sancto Petro, et præcepit ut diriperetur omnis substantia ejus, et publicarentur omnia bona illius, et subverterentur omnia ædificia ipsius, domus et molendina, stagnaque aquarum quæ multo fastu exstruxerat, et exaltatus erat usque in cœlum. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 534, col. 1.) — Les expressions admiratives de l’auteur donnent lieu de croire qu’il y avait eu non-seulement beaucoup de dépense, mais beaucoup d’art dans la construction de ces moulins et de ces réservoirs, et que leur propriétaire s’était fait gloire d’y appliquer tout son talent d’ingénieur-mécanicien. — La liste des bourgeois de Vézelay, publiée dans le Bulletin de la Société des sciences de l’Yonne, 1848, nomme Hugues de Saint-Pierre et son fils Renaud parmi ceux qui avaient juré la mort de l’abbé et, chose étonnante à cause de la richesse de cette famille, parmi ceux qui avaient reçu une part dans le pillage des greniers et des basses-cours de l’abbaye.
[535] Sed et in ministros seditionis Aimone de Sancto Christoforo, qui dicebatur insanus, Petro, qui prænominatus est de Sancto Petro, Aimone de Phalesia… censura justissimæ ultionis pertransiit, et domus eorum funditus eversæ atque succensæ sunt, bonaque eorum quibus male abusi fuerant, direpta. (Ibid.) — Il est curieux de conférer ici les noms des condamnés avec la liste des bourgeois cités plus haut. (Voy. le Bulletin de la Société des sciences de l’Yonne, 1848, p. 550.)