[536] In cæteris autem, hoc est, Eustachio, Simone… aliisque ipsorum complicibus pietas abbatis sententiam suam moderata est, et vina tantum eorum a fidelibus ecclesiæ transfusa sunt. (Hist. Vizeliac. monast., loc. sup. cit.) — La principale dévastation commise par les révolutionnaires avait été celle des vignes de l’abbaye, qui furent toutes ou presque toutes arrachées ; c’était une vengeance du tort causé aux bourgeois possesseurs de vignes par le droit qu’avait l’abbé de vendre seul le vin de son cru pendant un mois de chaque année. (Voy. la liste déjà citée et Du Cange, Glossarium, au mot Bannum vini.)

[537] Et conjecti sunt plures in vinculis, donec regis judicium super eos decerneret ; et humiliata est superbia impiorum, et cognovit se subactam insolens rusticitas Vizeliacensium. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 534, col. 1.)

Cependant le comte de Nevers ne voyait pas sans chagrin la malheureuse issue de la révolution que lui-même avait provoquée. Désirant secourir les bourgeois de Vézelay et ne le pouvant plus, il se tenait éloigné d’eux par embarras ou par prudence, et quand on venait lui dire en leur nom qu’ils voulaient se rendre et se mettre à la merci de l’abbé, il les engageait à ne pas le faire et leur promettait, un peu témérairement, qu’une paix serait faite selon leurs vœux[538]. Mais cette paix qui devait être un accord n’était possible, après le jugement criminel, qu’en vertu d’une amnistie de l’autorité royale, et le comte, qui avait promis au roi de ramener les condamnés devant sa cour, ne pouvait, sans devenir accusable, se présenter seul et intercéder pour eux. Pour sortir de cette difficulté, il imagina un expédient : il feignit d’avoir un vœu à acquitter au tombeau de saint Denis, dont la fête était proche, et partit en habit de pèlerin avec le bourdon et l’escarcelle[539]. Arrivé à Paris, il quitta ce vêtement et se rendit à l’hôtel du roi, qui, sur la foi de son pèlerinage, ne prit point sa venue en mauvaise part et l’accueillit amicalement. Le comte saisit l’occasion d’un entretien seul à seul pour peindre l’état de détresse où se trouvaient les émigrés de Vézelay, et, se jetant aux genoux du roi, il le supplia d’avoir pitié d’eux et pitié du monastère lui-même, qui serait ruiné si la ville demeurait sans habitants. Il joignit à cette prière le serment d’amener sans délai plusieurs bourgeois chargés par tous les autres de faire à l’abbé telle satisfaction qu’ordonnerait la clémence royale, et de conclure avec lui une paix perpétuelle. Louis VII fut touché de ses instances, et il désigna la ville d’Auxerre comme rendez-vous pour une conférence d’arbitrage où les parties adverses auraient à se réunir, et où lui-même assisterait ; puis il informa l’abbé Pons de la requête et des promesses du comte en lui demandant de ne plus faire abattre de maisons à Vézelay jusqu’au jour fixé pour l’accord[540].

[538] … Nec erat ei auxilium quo ferret opem deceptis, et reverebatur eos, nec poterat sustinere aspectum illorum, quoniam arguebatur ab ignavia sua, et torquebatur a conscientia sua. Attamen impios sese volentes reddere et ad arbitrium abbatis satisfacere prohibuit, promittens eis pro voto pacem affuturam… (Ibid.)

[539] … Assumpto baculo et pera, quasi B. Dyonisii petiturus oracula, cujus instabant solemnia, profectus est ad regem. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, t. II, p. 534, col. 2.)

[540] Motus igitur rex precibus istis, statuit ei diem apud Altissiodorum, scilicet tertia die post festum Omnium Sanctorum, et designavit abbati petitiones et pollicitationes comitis, petivitque ut interim parceret domibus eorum usque ad diem condictæ concordiæ. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 534, col. 2.)

Le 4 novembre de l’année 1155 se trouvèrent assemblés à Auxerre le roi Louis le Jeune avec ses barons, l’abbé Pons avec ses amis, le comte de Nevers et des bourgeois de Vézelay au nombre de plus de quarante. Le roi, siégeant comme arbitre et s’adressant à ces derniers, leur demanda ce qu’ils avaient résolu de faire. Fatigués de tant de traverses et désirant une paix quelconque afin de retourner dans leurs foyers, les bourgeois répondirent qu’ils se remettaient de leurs personnes et de leurs biens en la merci du roi leur souverain seigneur et feraient toutes choses selon son bon plaisir[541]. Sur cette seule réponse, le roi dicta sa sentence arbitrale qui fut rédigée de la manière suivante : « Les habitants du bourg de Vézelay abjureront sans réserve la conspiration et confédération qu’ils ont faite entre eux sous quelque forme que ce soit. Ils se saisiront, s’ils le peuvent, de ceux qui ont tué des serviteurs de l’église, et s’ils ne le peuvent pas, ils les dénonceront en indiquant où ils se trouvent. Ils jureront, sur les choses saintes, d’être fidèles à l’abbé et à son église, de lui conserver saufs sa vie et ses membres et de les conserver aux siens. Ils payeront la somme de 40,000 sous[542] pour les dommages qu’ils ont faits, et détruiront, dans un délai fixé à la fête de saint André (30 novembre), les murailles de défense dont ils ont fortifié leurs maisons. Enfin ils jureront d’exécuter toutes ces choses entièrement et de bonne foi[543]. »

[541] … Et sedens rex postera die quæ nuncupatur veneris, interrogavit burgenses quidnam facere mallent. At illi respondentes, omnia se acturos secundum beneplacitum miserationis illius dixerunt. (Ibid.)

[542] Environ 201,600 fr. (Voyez plus haut, p. [391].)

[543] … Munitiones et antemuralia domorum dato termino ad festum usque sancti Andreæ diruerent, et hæc omnia bona fide integre se facturos jurarent. (Hist. Vizeliac. monast., lib. III, apud Luc d’Achery, Spicileg., t. II, p. 534, col. 2.)