[75] Le poëme des Nibelungen et les chants héroïques de l’Edda. Dans ces traditions épiques de la Scandinavie et de l’Allemagne, se trouve joint, par anachronisme, au souvenir de la destruction du premier royaume des Burgondes, un souvenir confus des princes mérovingiens, victimes de la sanglante rivalité de deux femmes, Brunehilde et Fredegonde. Le nom d’Attila y domine, par un autre anachronisme, escorté de celui du roi des Goths, Theoderik, comme le plus grand nom qui fût resté dans la mémoire des peuples d’outre-Rhin. Voyez l’écrit de M. Roget de Belloguet, intitulé : Questions bourguignonnes, et joint à l’ouvrage de Courtépée (éd. de 1846), p. 132 et suiv.

Impatronisés sur les domaines des propriétaires gaulois, ayant reçu ou pris à titre d’hospitalité les deux tiers des terres et le tiers des esclaves, ils se faisaient scrupule de rien usurper au delà. Ils ne regardaient point le Romain comme leur colon, comme leur lite, selon l’expression germanique[76], mais comme leur égal en droits dans l’enceinte de ce qui lui restait. Ils éprouvaient même devant les riches sénateurs, leurs copropriétaires, une sorte d’embarras de parvenus. Cantonnés militairement dans une grande maison, pouvant y jouer le rôle de maîtres, ils faisaient ce qu’ils voyaient faire aux clients romains de leur noble hôte, et se réunissaient de grand matin pour aller le saluer par les noms de père ou d’oncle, titre de respect fort usité alors dans l’idiome des Germains. Ensuite, en nettoyant leurs armes ou en graissant leur longue chevelure, ils chantaient à tue-tête leurs chansons nationales, et, avec une bonne humeur naïve, demandaient aux Romains comment ils trouvaient cela[77].

[76] Lide, lete, late, latze, dans les anciennes langues teutoniques, signifiait petit et dernier. Les Germains donnaient ce nom aux gens de la classe inférieure, qui, chez eux, étaient colons ou fermiers attachés à la glèbe. C’était, selon toute probabilité, les restes d’anciens peuples vaincus.

[77]

Laudantem tetrico subinde vultu,

Quod Burgundio cantat esculentus,

Infundens acido comam butyro ?…

Quem non ut vetulum patris parentem,

Nutricisque virum, die nec orto,

Tot tantique petunt simul Gigantes…