[103] Ad renovandam actionem… Des modèles du protocole usité pour les brevets de duc, de comte et de patrice, sous les rois de la première race, se trouvent parmi les formules connues sous le nom de Formules de Markulf. Apud Script. rer. gallic. et francic., t. IV, p. 471, voyez une formule intitulée : Charta de ducatu, patritiatu vel comitatu.
[104] Greg. Turon. Hist. Franc., lib. IV, cap. XLII, apud ibid., t. II, p. 224.
La dixième année du règne de Theoderik, à l’instigation de Brunehilde, et par l’ordre de Theoderik, Protadius fut créé majeur (maire) de la maison royale. Il était d’une extrême finesse et d’une grande habileté ; mais il exerça contre beaucoup de gens de cruelles iniquités, accordant trop au droit du fisc, et s’efforçant, par toutes sortes d’artifices, de le remplir et de s’enrichir lui-même du bien d’autrui. Tout ce qu’il voyait d’hommes de naissance noble, il travaillait à les abaisser, afin qu’il ne se trouvât personne capable de s’emparer de la place qu’il occupait[105]. »
[105] Fredegarii Chron., cap. XXVII, apud ibid., p. 422.
Je pourrais multiplier les citations de détail : j’aime mieux prendre un long morceau d’histoire qui se présente à peu près tout fait, et dans lequel figureront successivement un noble Gaulois intriguant pour le service des Barbares, des fils de grande famille vendus comme esclaves, et tout un pays dévasté par des exécutions militaires.
Caïus Sollius Apollinaris Sidonius, sénateur arvernien, gendre de l’empereur Avitus, et le plus grand écrivain de son temps, fut, en Gaule, le dernier représentant du patriotisme romain. Lorsqu’en l’année 475 l’Arvernie, ou, comme nous disons, l’Auvergne, eut été cédée aux Goths par l’empereur Julius Nepos, Sidonius fut exilé du pays, et tant qu’il vécut, il conserva un profond dégoût pour le gouvernement des Barbares. Son fils, du même nom que lui, s’accommoda mieux aux circonstances : il s’attacha aux Visigoths, et en 507 combattit pour eux contre les Franks, à la fameuse journée de Vouglé[106]. Les Franks, vainqueurs, occupèrent bientôt l’Auvergne, et alors Arcadius, petit-fils de Sidonius Apollinaris, mettant dans un égal oubli la patrie gothique et la patrie romaine, ne songea qu’à profiter de son nom, de son habileté et des biens qui lui restaient, pour faire une grande fortune sous le patronage des nouveaux maîtres. Chlodowig Ier venait de mourir, et, dans le partage de ses conquêtes entre ses quatre fils, l’Auvergne était échue à Theoderik, roi des Franks orientaux, qui l’avait conquise en personne. Il paraît que l’héritier du nom des Apollinaires réussit mal auprès de ce roi et fut mieux accueilli de son frère Hildebert, qui, maître de tout le Berry, ambitionnait la possession de l’Auvergne.
[106] Maximus ibi tunc Arvernorum populus, qui cum Apollinare venerat, et primi qui erant ex senatoribus conruerunt. (Greg. Turon. Hist. Franc., lib. II, cap. XXXVII, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 183.)
Arcadius n’eut pas de peine à flatter les espérances du roi barbare, à lui persuader que les habitants de l’Arvernie le désiraient vivement pour seigneur, au lieu de son frère Theoderik. Peut-être y avait-il au fond de cela quelque chose de vrai : au milieu des souffrances dont le gouvernement de la conquête accablait les indigènes, l’idée de changer de maître pouvait s’offrir à leur esprit comme une perspective de soulagement. Quoi qu’il en soit, en l’année 530, lorsque le roi Theoderik était occupé au delà du Rhin dans une guerre contre les Thuringiens, le bruit de sa mort, répandu en Auvergne, y fut reçu avec une grande joie. Arcadius se hâta d’envoyer à Paris, résidence du roi Hildebert, des messagers qui l’invitèrent à venir prendre possession du pays. Hildebert assembla son armée et partit aussitôt. Il arriva au pied de la hauteur sur laquelle était bâtie la cité des Arvernes, aujourd’hui Clermont, par un temps de brouillard très-épais ; en montant la colline, le roi disait d’un ton de mécontentement : « Je voudrais bien reconnaître par mes yeux cette Limagne d’Auvergne que l’on dit si agréable. » Mais il avait beau regarder, il ne pouvait rien découvrir au delà de quelques centaines de pas[107].
[107] Greg. Turon. Hist. Franc., lib. III, cap. IX, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 191.
Parvenu au pied des murs de la ville, Hildebert, contre son attente et malgré les promesses d’Arcadius, trouva les portes fermées ; il paraît que les habitants avaient craint de se compromettre, si la mort de Theoderik était un faux bruit, ou qu’ils cherchaient dans tous les cas à se délivrer de la présence des Franks. Le roi fut obligé d’arrêter ses troupes, et de camper jusqu’à la nuit, ne sachant s’il devait forcer le passage ou retourner sur ses pas. Son ami le tira d’incertitude en brisant, avec l’aide de ses clients, la serrure d’une des portes de la ville par laquelle les Franks entrèrent[108]. La capitale prise, le reste du pays ne tarda pas à se soumettre au roi Hildebert, mais de cette soumission vague dont se contentaient les rois de la première race, et qui consistait à promettre fidélité et à livrer quelques otages.