[113] Vita S. Quintiani, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 408.
Maître de la capitale de l’Arvernie, Theoderik attaqua l’un après l’autre tous les lieux fortifiés où les gens du pays s’étaient renfermés avec ce qu’ils avaient de plus précieux. Il brûla le château de Tigernum, aujourd’hui Tiern, où se trouvait une église construite en bois, qui fut consumée par l’incendie[114]. A Lovolotrum (Volorre), où les Franks entrèrent par la trahison d’un esclave, ils mirent en pièces au pied de l’autel un prêtre nommé Proculus[115]. La ville de Brivate (Brioude) fut saccagée, et la basilique de Saint-Julien dévastée, malgré plusieurs miracles, dont le bruit détermina Theoderik à faire rendre une partie du butin et à punir quelques-uns des soldats qui avaient violé le sanctuaire. A Iciodorum (Issoire), un monastère célèbre fut réduit en solitude, selon l’expression des contemporains[116]. Le château de Meriolacum (Merliac) résista longtemps : c’était un lieu naturellement fort, entouré de rochers à pic, et renfermant dans ses murs plusieurs sources dont l’eau s’échappait en ruisseaux par l’une des portes. Les Franks désespéraient de prendre cette place, lorsque le hasard fit tomber entre leurs mains cinquante hommes de la garnison, qui étaient sortis pour fourrager. Ils les amenèrent au pied des remparts, les mains liées derrière le dos, et firent signe qu’on les mettrait à mort sur l’heure si le château n’était rendu. La pitié pour des compatriotes et des parents détermina les défenseurs de Merliac à ouvrir leurs portes et à payer rançon[117].
[114] Greg. Turon. Gloria Martyrum, lib. I, apud ibid., t. II, p. 465.
[115] … Proculus ille… presbyter, inruptis Lovolautrensis castri muris, ab ingredientibus ante ipsum ecclesiæ altare gladiorum ictibus in frusta discerptus est. (Vita S. Quintiani, apud ibid., t. III, p. 408.) — Greg. Turon. Hist. Franc., lib. III, cap. II, apud ibid., t. II, p. 187.
[116] … Iciodorense adit cœnobium, et eum pristina gloria spoliavit, et ad solitudinem redegit. (Vita S. Austremonii, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 407.)
[117] Greg. Turon. Hist. Franc., lib. III, cap. XIII, apud ibid., t. II, p. 192.
C’est avec des paroles touchantes que les historiens de ces événements décrivent la désolation de l’Auvergne : « Tout ce qu’il y avait d’hommes illustres par leur rang ou leurs richesses se trouvaient réduits au pain de l’aumône, obligés d’aller hors du pays mendier ou vivre de salaire. Rien ne fut laissé aux habitants, si ce n’est la terre que les Barbares ne pouvaient emporter[118]. » Après la réduction de toutes les places fortes et la distribution du butin, de longues files de chariots et de prisonniers, escortées par les soldats franks, prirent la route du Nord. Des gens de tout état, clercs et laïques, étaient ainsi emmenés à la suite des bagages ; et l’on remarquait surtout un grand nombre d’enfants et de jeunes gens des deux sexes, que les Franks mettaient à l’enchère dans tous les lieux où ils passaient[119].
[118] … Ut neque minoribus natu, neque majoribus quidquam proprii relictum sit, præter terram solam, quam Barbari secum ferre non poterant. (Ex Chronico Vidunensi Hugonis, abb. Flaviniac., apud ibid., t. III, p 356. — Vita S. Fidoli, apud ibid., p. 407.)
[119] Pueros enim quosque atque adolescentes venustioris formæ, scitisque vultibus, puellas exercitus adventitius vinctis post terga manibus secum ducens, per diversa loca pretio accepto distrahebat… (Ex vita S. Fidoli abbatis Trecensis, de Theoderico I, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 407.)
La plupart de ces captifs suivirent l’armée jusqu’aux bords de la Moselle et du Rhin. Beaucoup de prêtres et de clercs, emmenés comme les autres, furent répartis entre les églises de ce pays ; car le roi, qui venait d’incendier les basiliques et les monastères de l’Auvergne, voulait que chez lui le service divin se fît de la manière la plus convenable. Parmi ces clercs déportés se trouvait un nommé Gallus, d’une famille sénatoriale. Il fut attaché de force à la chapelle royale, et convertit beaucoup de païens parmi les Franks des bords du Rhin[120]. Un autre fils de sénateur, nommé Fidolus, n’alla pas plus loin que la ville de Troyes[121]. Là, un saint abbé, nommé Aventin, averti, disent les légendaires, par une révélation d’en haut, et probablement touché de la figure et de la résignation du jeune esclave, paya aux Barbares tout ce qu’ils demandaient pour sa rançon et le prit dans son couvent. Ayant ainsi embrassé la vie monastique, Fidolus s’y distingua tellement qu’il fut mis au nombre des saints[122]. Ce sont des Vies de saints qui ont fourni la plupart des détails qui précèdent. Les hommes qui les composèrent, il y a treize siècles, afin d’exalter les vertus religieuses, n’eussent pas travaillé pour un autre intérêt ; et il se trouve qu’aujourd’hui leurs pieuses légendes sont les seuls documents capables de constater, aux yeux de la science, l’état du monde romain, tourmenté et désolé par ses conquérants.