[151] De terra vero Salica, in mulierem nulla portio hæreditatis transit ; sed hoc virilis sexus acquirit, hoc est, filii ipsa hæreditate succedunt. (Lex Salica, tit. LXII, apud Script. rer. gallic. et francic., t. IV, p. 156.) — La loi des Franks Ripewares (Ripuarii), en beaucoup d’autres points conforme à celle des Franks saliens, remplace les mots de terra salica par ceux de hæreditas aviatica.

Ainsi, au moyen de la féodalité qu’ils trouvèrent établie d’un bout à l’autre de la Gaule, les rois de la troisième race, enveloppant, comme dans un vaste réseau, leurs acquisitions territoriales, se garantirent de ces démembrements qui avaient ruiné autrefois l’œuvre de la force brutale dans les conquêtes de Chlodowig, et l’œuvre de la puissance éclairée dans celles de Karl le Grand. Ce prince, qui ne gagne rien à échanger son vrai nom germanique contre le nom bizarre que nous lui donnons, d’après les romans du moyen âge, croyait avoir assuré la durée de son empire à force de soins et d’habileté administrative ; mais cet empire, tout régulier qu’il paraissait, n’était que la domination militaire d’une race d’hommes sur d’autres races, étrangères d’origine, de mœurs et de langage. La ruine de l’édifice suivit de près la mort du fondateur. Alors tous les pays réunis de force à l’empire des Franks, et sur lesquels, par suite de cette réunion, s’était étendu le nom de France, firent des efforts inouïs pour reconquérir l’indépendance politique et jusqu’à leurs anciens noms. De toutes les provinces gauloises, il n’y eut que celles du midi qui réussirent dans cette grande entreprise, et après les guerres d’insurrection qui, sous les fils de Charlemagne, succédèrent aux guerres de conquête, on vit l’Aquitaine et la Provence devenir des États distincts ; on vit même reparaître, dans les provinces du sud-est, le vieux nom de Gaule, qui avait péri pour jamais au nord de la Loire. Les chefs du nouveau royaume d’Arles, qui s’étendait jusqu’au Jura et aux Alpes, prirent le titre de rois de la Gaule, par opposition aux rois de la France.

Le territoire dont la population conserva le nom de française, avouant ainsi ou sa descendance des conquérants du cinquième siècle, ou sa sujétion à l’égard de leurs fils, ne s’étendait, au commencement du treizième siècle, que jusqu’à la Vienne et à l’Isère. Là se trouvaient les dernières limites de la suzeraineté des rois de France, ainsi que celles du dialecte roman septentrional. Au sud de ces rivières, le pays s’appelait Aquitaine et Provence ; et l’on y parlait le dialecte, plus sonore et plus accentué, où l’on disait oc et no, au lieu de ouy et nenny. Les habitants de ce vaste territoire se glorifiaient de leur indépendance politique et nourrissaient contre les Français, bien moins civilisés qu’eux, une antipathie qui rappelait celle des Romains et des Franks sous la première et la seconde race[152].

[152] Voyez, plus haut, [note 2 de la page 36].

De leur côté, les nobles français, suivant l’instinct de leurs ancêtres, regardaient d’un œil de convoitise les grandes villes et les belles campagnes du midi. Leurs rois ne renonçaient point à la prétention de devenir maîtres de toute la Gaule comme l’avait été Karl le Grand, et de planter la bannière aux fleurs de lis sur le sommet des Pyrénées[153]. La croisade prêchée par l’Église contre les hérétiques albigeois fournit à ces rois l’occasion de s’immiscer dans les affaires du midi : ils la saisirent avidement et surent la mettre à profit. Cette guerre, dont les suites politiques furent immenses, rattacha pour jamais au royaume de France les rivages de la Méditerranée, où Philippe-Auguste, s’embarquant pour la terre sainte, n’avait pu trouver un seul port qui le reçût en ami. Mais, sans l’opinion de la suzeraineté royale et du vasselage seigneurial, opinion qui donnait à la conquête un caractère moins âpre et une couleur moins tranchée, peut-être les acquisitions de Louis VIII et de ses successeurs dans le midi eussent-elles été perdues, après un peu de temps. Peut-être aussi la civilisation de ces contrées, dernier reflet de la civilisation romaine, se fût-elle mieux conservée, au milieu de guerres inévitables, que sous une paix et des lois imposées d’une manière violente par des voisins moins éclairés.

[153]

In Pyrenæo figes tentoria monte.

(Guillelmi Britonis Philippæis, apud Script. rer. gallic. et francic., t. XVII.)

LETTRE X
Sur les prétendus partages de la monarchie.

Nos historiens, en général assez louangeurs envers les rois des Franks, s’accordent cependant à leur faire un reproche, selon eux, extrêmement grave : c’est celui d’avoir manqué aux règles de la politique, en instituant plusieurs héritiers du royaume, en partageant, comme on dit, une couronne de sa nature indivisible. Quelques écrivains ont essayé de décharger de ce blâme la mémoire de Clovis et de Charlemagne. Pour y parvenir, ils établissent que, malgré les apparences, la dignité royale demeurait sans partage ; que l’aîné des frères jouissait toujours de la prééminence sur les autres ; qu’en un mot, alors, comme depuis, il n’y avait qu’un seul roi de France. Une supposition aussi peu fondée n’était point nécessaire pour excuser les Chlodowig et les Karl de n’avoir point agi comme Louis XV. On pouvait, sans aucun danger pour l’honneur de ces rois d’un temps tout différent du nôtre, avouer qu’ils avaient méconnu les maximes de notre politique.