[164] … Germanorum reges Massiliam… ac maritima loca omnia… obtinuerunt. Jamque Arelate ludis circensibus præsident, et nummos cudunt ex auro Gallico, non imperatoris, ut fieri solet, sed sua impressos effigie. (Procopii Histor. de Francis, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 41.)

[165] Les lois des derniers empereurs romains accordaient aux évêques un grand pouvoir sur les municipalités. Ce pouvoir, accru de plus en plus depuis la ruine de l’empire, dégénéra presque partout en seigneurie féodale.

[166] Paris, Orléans, Soissons et Reims.

Les villes du midi étaient alors bien plus grandes que celles du nord, bien plus propres à devenir des capitales, selon le sens actuel de ce mot ; et pourtant les rois à qui elles appartenaient n’allaient point s’y établir. Ils les estimaient comme de riches possessions, mais comme des possessions étrangères où ils eussent été dépaysés. Un seul roi de la première race, Haribert, frère de Dagobert Ier, s’établit au midi de la Loire, mais ce fut après avoir tenté vainement d’obtenir la royauté au nord ; et les termes mêmes du traité qu’il conclut avec son frère prouvent qu’alors, selon l’opinion des Franks, la possession du plus vaste territoire hors des frontières de leurs colonies ne donnait à celui qui en jouissait aucun caractère public[167]. Voici le récit des historiens : « Chlother (II du nom) étant mort, Dagobert, son fils aîné, ordonna à tous les leudes de l’Oster, dont il avait le commandement, de s’assembler en armée[168]. Il envoya des députés dans le Neoster et dans le pays des Burgondes, pour s’y faire élire comme roi[169]. Étant venu à Reims, et s’étant approché de Soissons, tous les évêques et tous les leudes du royaume des Burgondes se soumirent à lui. Le plus grand nombre des évêques et des chefs du Neoster manifestèrent aussi leur désir de le voir régner. Dans le même temps, Haribert son frère faisait tous ses efforts pour parvenir à la royauté ; mais il obtint peu de succès à cause de son manque d’habileté. Dagobert prit possession de tout le royaume de Chlother, tant le Neosterrike que le pays des Burgondes, et s’empara de tous ses trésors[170]. A la fin, touché de compassion pour son frère Haribert, et suivant l’avis des sages, il transigea avec lui, et lui céda, pour y vivre dans une condition privée, le pays situé au delà de la Loire jusqu’aux monts Pyrénées, comprenant les cantons de Toulouse, de Cahors, d’Agen, de Saintes et de Périgueux. Il confirma cette cession par un traité, sous la condition que jamais Haribert ne lui redemanderait rien du royaume de leur père. Haribert donc, choisissant Toulouse pour résidence, régna dans la province d’Aquitaine… »

[167] Quoique, depuis le règne des fils de Clovis, la Gaule entière ait été appelée France, Francia, par les étrangers méridionaux, tels que les Grecs et les Italiens, et Frankland, ou terre des Franks, par les Anglo-Saxons et les Scandinaves, ce dernier nom, dans la langue franke, ne s’appliquait spécialement qu’à la portion du territoire divisée en Austrie et Neustrie.

[168] … Universos leudes quos regebat in Oster, jubet in exercitu promovere… (Fredegarii Chron., apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 435.) — Leude, leute, liude, dans les anciennes langues teutoniques, signifiaient proprement peuple, gens. Quelquefois ce mot s’appliquait d’une manière spéciale aux compagnons des rois. Il paraît pris ici dans un sens plus étendu. Nos historiens en ont fait mal à propos un titre de dignité, et ils écrivent au singulier un leude, ce qui est aussi absurde que si l’on donnait un singulier au mot gens, en supprimant l’s.

[169] … Missos in Burgundia et Neuster direxit… (Fredegarii Chron., apud ibid.) — Neuster, qui, selon la prononciation romaine, avait le son de Neouster, paraît être un mot composé de la négation franque ni ou ne, et d’oster, orient. Ainsi les Franks du temps de la conquête, pour est et ouest, disaient est et non-est.

[170] Quumque regnum Clotarii tam Neptrico quam Burgundiæ. (Ibid.) — Neptrico paraît être ici une faute de copie pour Neustrico. — Ce mot ainsi rétabli donne le mot frank Neoster-rike, qui signifie royaume d’Occident. Son corrélatif Oster-rike se trouve dans plusieurs passages écrits sur la seconde race.

Parmi les nombreux partages du territoire gaulois opérés dans tous les sens sous la dynastie des Merowings[171], il n’y en a pas un qui dure ou se reproduise d’une manière fixe, excepté celui du pays au nord de la Loire en Oster et Neoster, ou Oster-rike et Neoster-rike. Cette division est aussi la seule qui, pendant cette période, offre le caractère d’une séparation politique, et paraisse véritablement créer deux États distincts. Mais ce fait ne provient point de ce que, à tort ou à raison, les premiers rois des Franks auraient eu la fantaisie de couper le royaume en deux : il tient à des causes bien supérieures. Les simples dénominations de pays oriental et occidental, qui semblent ne marquer que des différences de positions géographiques, répondaient, pour les hommes de race franke, à des distinctions plus profondes. Le pays à l’est de la forêt des Ardennes et du cours de l’Escaut, formant la région orientale, était, sinon habité entièrement, du moins dominé par une tribu distincte de celle qui dominait à l’ouest et au sud, depuis la forêt des Ardennes jusqu’aux frontières des Bretons. Quoique membres de la même confédération, les Franks établis entre le Rhin et la Meuse, et qui s’intitulaient Ripewares, c’est-à-dire hommes de la rive, nom composé, selon toute apparence, d’un mot latin et d’un mot germanique[172], ne se confondaient point avec les Franks saliens, fixés entre la Meuse et la Loire. Ces derniers, ayant formé l’avant-garde dans la grande invasion, étaient devenus, dès le commencement, la tribu prépondérante, celle qui imposait aux autres ses chefs et sa politique.

[171] Enfants de Merowig. Selon la rigueur du langage, il aurait fallu prononcer Merowigings, mais l’on contractait ce mot par euphonie.