(Flori diac. Lugdun. Querela de divisione imperii, apud Script. rer. gallic. et francic., t. VII, p. 302.)
Gaudetur fessi sæva inter vulnera regni :
Et pacem vocitant, nulla est ubi gratia pacis.
(Ibid., p. 303 et seq.)
L’impression une fois donnée pour la séparation des différents intérêts nationaux, le mouvement des masses ne s’arrêta pas ; et quand il n’y eut plus d’empire, commença le démembrement des royaumes où se trouvaient associées ensemble des populations diverses d’origine et de langage. La nouvelle France était dans ce cas : elle comprenait trois grandes divisions, la France proprement dite, la Bretagne et l’Aquitaine, qui avaient pu se réunir ensemble pour secouer le joug de l’empire, mais qui n’en demeuraient pas moins séparées par d’anciennes distinctions nationales. Les Bretons, ennemis naturels des Gallo-Franks, et ne voulant pas plus être gouvernés par eux que par les Franko-Teutons, reprirent aussitôt leurs hostilités. Ils envahirent tout le pays voisin du leur jusqu’à la Loire et à la Villaine, battirent en plusieurs rencontres les armées de Charles le Chauve, et ne firent de paix avec lui que lorsqu’il leur eut garanti leurs conquêtes et reconnu leur chef comme roi, en leur envoyant de son trésor le sceptre et la couronne[199]. Après les Bretons, ce furent les Aquitains, ou gens de la langue romane méridionale, qui s’insurgèrent et travaillèrent à se détacher de la nouvelle France aussi complétement qu’ils l’étaient de l’ancienne. D’un autre côté, les Provençaux, distingués aussi, par leur dialecte, des nations qui habitaient au delà des Alpes, se révoltèrent dans le même but contre le roi Lother et ses enfants. Les villes de Toulouse et de Vienne, qui étaient le principal foyer de ce nouveau mouvement national, furent plus d’une fois assiégées, prises et reprises tour à tour par les armées des rois et par les partisans de l’insurrection[200]. Enfin, en l’année 888, après quarante-cinq ans de nouvelles guerres, qui, dans leurs scènes variées et confuses, présentèrent plus d’une fois les Gaulois méridionaux ligués avec la puissance des Germains contre celle des Gaulois du nord, arriva le démembrement final auquel tout avait tendu depuis la mort de Karl le Grand.
[199] Voyez le tome VII du Recueil des historiens des Gaules et de la France, passim, aux années 851 et suivantes.
[200] Voyez le tome VII du Recueil des historiens des Gaules et de la France, passim, aux années 860-888.
Si le principe le plus actif de cette révolution fut la répugnance mutuelle des races d’hommes associées mais non fondues ensemble par la conquête, son résultat ne pouvait être une division absolue d’après la descendance ou l’idiome, une sorte de triage à part de toutes les familles humaines que le flot des invasions avait jetées çà et là au milieu de familles étrangères ; tout devait se dénouer et se dénoua en effet d’une manière plus large et moins complexe. La race dominante quant au nombre, dans chaque grande portion de territoire, forma comme un centre de gravitation dont les différentes minorités n’eurent pas le pouvoir de se détacher. Ainsi le système des lois personnelles, loin d’être rétabli dans son ancienne force, reçut au contraire le premier coup par la fondation de nouveaux États où la nationalité résultait non d’une complète unité d’origine, mais de l’unité territoriale et des convenances géographiques.
L’Italie, séparée de ses anciennes annexes, et bornée par la chaîne des Alpes, devint un royaume à part, que se disputèrent des prétendants de race germanique, mais naturalisés italiens depuis plusieurs générations[201]. Tout le pays compris entre les Alpes, le Jura et les sources du Rhin, forma, sous le nom de Burgondie ou Bourgogne supérieure, un nouveau royaume, dont la capitale était Genève, et dont les chefs se faisaient couronner au couvent de Saint-Maurice en Valais. Un troisième royaume, sous le nom de Bourgogne inférieure ou cisjurane, eut pour limites le Jura, la Méditerranée et le Rhône. Un roi d’Aquitaine, dont le pouvoir et les prétentions s’étendaient de la Loire aux Pyrénées, fut inauguré à Poitiers. Entre le Rhin, la Meuse et la Saône, on vit s’élever le petit royaume des Lotheringhe ou de Lorraine. Enfin, entre les frontières de ces différents États et celles de la basse Bretagne, se trouva resserrée, d’une manière fixe, la puissance dont le territoire conserva depuis lors le nom de France, à l’exclusion de tous ceux auxquels ce nom avait appartenu autrefois[202].