Weil er ihms lohnet.
« Je connais un roi, son nom est le seigneur Ludwig, qui sert Dieu volontiers, parce qu’il l’en récompense, etc. » (Voyez le tome IX du Recueil des historiens des Gaules et de la France, p. 99 et suiv.)
La suprématie des Germains sur tout l’Occident n’existait plus ; mais elle était remplacée par des prétentions politiques fondées sur le droit de conquête, qui pouvaient aisément servir de prétexte à de nouvelles invasions, et menaçaient surtout la France, d’abord comme voisine, et ensuite comme seconde patrie des Franks. L’instinct de la conservation devait donc porter ce nouvel État à rompre entièrement avec les puissances teutoniques et à leur ôter pour jamais tout moyen de s’immiscer dans ses affaires. Ce ne fut point par caprice, mais par politique, que les seigneurs du nord de la Gaule, Franks d’origine, mais attachés à l’intérêt du pays, violèrent le serment prêté par leurs aïeux à la famille de Pepin, et firent sacrer roi, à Compiègne, un homme de descendance saxonne[205]. L’héritier dépossédé par cette élection, Karl, surnommé le Simple ou le Sot[206], ne tarda pas à justifier son exclusion du trône, en se mettant sous le patronage d’Arnulf, roi de Germanie. « Ne pouvant tenir, dit un ancien historien, contre la puissance d’Eudes, il alla réclamer, en suppliant, la protection du roi Arnulf. Une assemblée publique fut convoquée dans la ville de Worms ; Karl s’y rendit, et, après avoir offert de grands présents à Arnulf, il fut investi par lui de la royauté dont il avait pris le titre. L’ordre fut donné aux comtes et aux évêques qui résidaient aux environs de la Moselle de lui prêter secours, et de le faire rentrer dans son royaume, pour qu’il y fût couronné ; mais rien de tout cela ne lui profita[207]. »
[205] Saxonici generis vir… (Script. rer. gallic. et francic., t. IX, p. 136.)
[206] On trouve dans les historiens originaux simplex, stultus, et quelquefois sottus.
[207] Carolus vires Odonis ferre non valens, patrocinia Arnulphi supplex exposcit… Sed neutrum horum illi quicquam profuit. (Annal. Mett., apud Script. rer. gallic. et francic., t. VIII, p. 73.)
Le parti des Carolingiens, soutenu par l’intervention germanique, ne réussit point à l’emporter sur le parti qu’on peut nommer français. Il fut plusieurs fois battu avec son chef, qui, après chaque défaite, se mettait en sûreté derrière la Meuse, hors des limites du royaume. Charles le Simple parvint cependant, à force d’intrigues, et grâce au voisinage de l’Allemagne, à obtenir quelque puissance entre la Meuse et la Seine : ce qui fait dire à plusieurs historiens que le royaume fut divisé en deux par le cours de la Seine, et que Charles devint roi au nord, tandis qu’Eudes l’était au midi[208]. Un reste de la vieille opinion germanique, qui regardait les Welskes ou Wallons comme les sujets naturels des fils des Franks, contribuait à rendre cette guerre de dynastie populaire dans tous les pays voisins du Rhin. Sous prétexte de soutenir les droits de la royauté légitime, Swintibold, fils naturel d’Arnulf, et roi de Lorraine, envahit le territoire français en l’année 895. Il parvint jusqu’à Laon avec une armée composée de Lorrains, d’Alsaciens et de Flamands, tous gens de langue tudesque ; mais bientôt il se vit forcé de battre en retraite devant l’armée du roi Eudes[209]. Cette grande tentative ayant ainsi échoué, il se fit à la cour de Germanie une sorte de réaction politique en faveur de celui qu’on avait jusque-là qualifié d’usurpateur. Eudes fut reconnu roi, et l’on promit de ne plus donner à l’avenir aucun secours au prétendant[210]. En effet, Karl n’obtint rien, tant que son adversaire vécut ; mais à la mort du roi Eudes, lorsque le changement de dynastie fut remis en question, le keisar prit de nouveau parti pour le descendant des rois franks. La puissance impériale, pesant sans contre-poids sur le petit royaume de France, contribua fortement, quoique d’une manière indirecte, à amener une restauration.
[208] Tunc divisum est regnum in duas partes. A Rheno usque ad Sequanam fuit regnum Karoli ; et a Sequana usque ad Hispaniam fuit regnum Odonis… (Brev. Chron., apud Script. rer. gallic. et francic., t. VIII, p. 253.)
[209] … Qui cum Karolo erant, conferunt se ad Zuendebolchum… uti… juvet Karolo. (Annal. Vedast., apud ibid., p. 91.) — … Collecto immenso exercitu… Lugdunum venit… (Annal. Mett., apud ibid., p. 74.)
[210] Arnolfus rex cum Odone Galliarum rege, ad se veniente, pacem firmat, Karoloque filio regis Ludovici Balbi… munera offerenti, auxilium denegat. (Hermanni Contracti Chron., apud ibid., p. 249.)