[262] … Congregatoque exercitu, episcopo et singularum ecclesiarum presbyteris præeuntibus cum crucibus et vexillis, ad castrum Silliacum furibundo impetu diriguntur. (Ibid.)
[263] Et ut de cæteris taceam, tam nobilibus quam ignobilibus… ipse quoque episcopus, proh dolor ! ab ipsis comprehensus et custodiæ mancipatus est. (Gest. pontific. Cenomann., apud Script. rer. gallic. et francic., t. XII, p. 540.)
« Geofroy de Mayenne, de plus en plus suspect aux gens de la commune, et craignant leur ressentiment, abandonna la tutelle du jeune comte et se retira hors de la ville dans un château nommé la Géole. Mais la mère de l’enfant, Guersende, fille du comte Herbert, qui entretenait avec Geofroy un commerce illicite, s’ennuya bientôt de son absence et ourdit sous main un complot pour lui livrer la ville. Un dimanche, par la connivence de quelques traîtres, il entra avec quatre-vingts chevaliers dans un des forts de la cité, voisin de la principale église, et de là se mit à guerroyer contre les habitants. Ceux-ci, appelant à leur aide les barons du pays, assiégèrent la forteresse. L’attaque était difficile, parce que, outre le château, Geofroy de Mayenne et ses gens occupaient deux maisons flanquées de tourelles : les nôtres n’hésitèrent pas à mettre le feu à ces maisons, quoiqu’elles fussent tout près de l’église, qu’on eut peine à préserver de l’incendie. Ensuite l’attaque du fort commença, à l’aide de machines, si vivement que Geofroy, perdant courage, s’échappa de nuit, disant aux siens qu’il allait chercher du secours. Les autres ne tardèrent pas à se rendre ; et les bourgeois, rentrés en possession de la forteresse, en rasèrent les murailles intérieures jusqu’à la hauteur du mur de ville, ne laissant subsister en entier que les remparts tournés vers la campagne[264]. »
[264] Cives autem ira commoti, ac sibi in futurum præcaventes, interiorem partem ejusdem munitionis muro civitatis coæquaverunt, exteriores parietes ad urbis præsidium integros relinquentes. (Gest. pontific. Cenomann., apud Script. rer. gallic. et francic., t. XII, p. 541.)
Cette victoire de la liberté bourgeoise sur la puissance féodale venait à peine d’être remportée, que de nouveaux dangers, bien autrement graves, menacèrent la commune du Mans. En l’année 1073, le conquérant de l’Angleterre, se voyant maître assuré de ce pays, résolut de passer le détroit, et d’aller recouvrer à main armée la seigneurie du Maine. Guillaume venait de triompher de la dernière et de la plus redoutable des insurrections saxonnes ; profitant habilement de l’occasion, il offrit une solde à tous les hommes de race anglaise qui voudraient le suivre dans son expédition d’outre-mer[265]. Des gens qui n’avaient plus ni feu ni lieu, les restes des bandes de partisans détruites sur plusieurs points de l’Angleterre, et même des chefs qui s’étaient signalés par leur dévouement patriotique, s’enrôlèrent sous la bannière normande sans cesser de haïr les Normands. Tous étaient joyeux d’aller combattre contre des hommes qui, bien que ennemis du roi Guillaume, leur semblaient être de la même race que lui par la conformité du langage. Sans s’inquiéter si c’était de gré ou de force que les Manceaux avaient, sept ans auparavant, pris part à la conquête, ils marchèrent contre eux à la suite du conquérant comme à un acte de vengeance nationale. Dès leur entrée dans le pays, ils se livrèrent, avec une sorte de frénésie, à tous les genres de dévastation et de rapine, arrachant les vignes, coupant les arbres, brûlant les hameaux, faisant au Maine tout le mal qu’ils auraient voulu faire à la Normandie. La terreur causée par leurs excès contribua, plus que la bravoure des chevaliers normands et la présence même du roi Guillaume, à la soumission du pays. Les places fortes et les châteaux se rendirent pour la plupart avant le premier assaut, et les principaux bourgeois du Mans apportèrent les clefs de leur ville au roi dans son camp sur la Sarthe. Ils lui prêtèrent serment comme à leur seigneur légitime, et Guillaume, en retour, leur promit la conservation de leurs anciennes franchises municipales ; mais il ne paraît pas que la commune ait été maintenue, car l’histoire n’en fait plus mention[266].
[265] Voyez l’Histoire de la Conquête de l’Angleterre par les Normands, liv. V, t. II.
[266] … Et acceptis ab eo sacramentis tam de impunitate perfidiæ quam de conservandis antiquis ejusdem civitatis consuetudinibus atque justitiis, in ipsius ditionem atque imperium sese et sua omnia dediderunt. (Gest. pontific. Cenomann., apud Script. rer. gallic. et francic., t. XII, p. 541.)
Ce fut en l’année 1076 que s’établit, par insurrection, la commune de Cambrai ; mais il y avait déjà longtemps que, selon les paroles d’un contemporain, les bourgeois désiraient cette commune[267]. Depuis plus de cent ans ils étaient en guerre ouverte avec l’autorité épiscopale. En l’année 957, ils profitèrent de l’absence de leur évêque, qui s’était rendu à la cour de l’empereur, pour former une ligue contre lui, et se jurer les uns aux autres de ne pas le laisser rentrer dans la ville. L’évêque, s’étant remis en route vers Cambrai, ne tarda pas à apprendre, par le bruit public, que l’entrée de la ville lui était défendue, qu’il en trouverait les portes closes et les murailles bien gardées. Il rebroussa chemin et alla demander à l’empereur du secours contre les Cambrésiens : on lui donna une armée d’Allemands et de Flamands assez forte pour réduire la ville. A l’approche des troupes, les habitants eurent peur, et, ajournant leur projet de liberté, reçurent l’évêque sans opposition. Celui-ci, qui regardait comme une injure intolérable ce qu’ils avaient osé faire contre lui, attendit, pour se venger, que leur association fût entièrement dissoute ; et alors, faisant revenir en grand nombre ses soldats auxiliaires, il attaqua les bourgeois à l’improviste dans les places et dans les rues. Les soldats les poursuivaient jusque dans les églises, tuaient tout ce qui leur résistait ; et quand ils avaient fait un prisonnier, ils lui coupaient les pieds ou les mains, lui crevaient les yeux, ou le menaient au bourreau, qui lui marquait le front d’un fer rouge[268].
[267] Unde cives in unum conspirantes, episcopo absente, diu desideratam conjuraverunt communiam. (Balderici Chron., apud Script. rer. gallic. et francic., t. XIII, p. 534.)
[268] Novum genus spectaculi. Continuo namque armati limen sanotissimæ ædis absque reverentiæ modo irrumpentes, alios interfecerunt, alios truncatis manibus et pedibus demembrarunt : quibusdam vero oculos fodiebant, quibusdam frontes ferro ardente notabant. (Balderici Chron., apud Script. rer. gallic. et francic., t. VIII, p. 281.)