[278] Ces trois articles sont extraits d’une charte de Philippe-Auguste qui reproduit, en les confirmant, les lois, ou, comme on disait alors, les coutumes de la commune de Noyon. (Voyez le tome XI du Recueil des Ordonnances des rois de France, p. 224.)

Les autres articles garantissaient aux membres de la commune de Noyon l’entière propriété de leurs biens, et le droit de n’être traduits en justice que devant leurs magistrats électifs. L’évêque jura d’abord cette charte, et les habitants de tout état prêtèrent après lui le même serment. En vertu de son autorité pontificale, il prononça l’anathème et toutes les malédictions de l’Ancien et du Nouveau Testament contre celui qui, dans l’avenir, oserait dissoudre la commune ou enfreindre ses règlements. En outre, pour donner à ce nouveau pacte une garantie plus solide, Baudri invita le roi de France, Louis le Gros, à le corroborer, comme on disait alors, par son approbation et par le grand sceau de la couronne. Le roi consentit à cette requête de l’évêque ; et ce fut toute la part qu’eut Louis le Gros à l’établissement de la commune de Noyon. La charte royale ne s’est point conservée, mais il en reste une qui peut servir de preuve à ce récit.

« Baudri, par la grâce de Dieu, évêque de Noyon, à tous ceux qui persévèrent et avancent de plus en plus dans la foi :

« Très-chers frères, nous apprenons par l’exemple et les paroles des saints Pères que toutes les bonnes choses doivent être confiées à l’écriture, de peur que par la suite elles ne soient mises en oubli. Sachent donc tous les chrétiens, présents et à venir, que j’ai fait à Noyon une commune, constituée par le conseil et dans une assemblée des clercs, des chevaliers et des bourgeois ; que je l’ai confirmée par le serment, l’autorité pontificale et le lien de l’anathème, et que j’ai obtenu du seigneur roi Louis qu’il octroyât cette commune et la corroborât du sceau royal. Cet établissement fait par moi, juré par un grand nombre de personnes et octroyé par le roi, comme il vient d’être dit, que nul ne soit assez hardi pour le détruire ou l’altérer ; j’en donne l’avertissement de la part de Dieu et de ma part, et je l’interdis au nom de l’autorité pontificale. Que celui qui transgressera et violera la présente loi subisse l’excommunication ; que celui qui, au contraire, la gardera fidèlement, demeure sans fin avec ceux qui habitent dans la maison du Seigneur[279]. »

[279] Annales de l’église cathédrale de Noyon, t. II, p. 805.

Cette charte épiscopale porte la date de 1108.

Quelques années auparavant, les bourgeois de Beauvais s’étaient constitués en commune spontanément, ou, comme s’exprime un contemporain, par suite d’une conjuration tumultueuse[280]. Ils contraignirent leur évêque à jurer qu’il respecterait la nouvelle constitution municipale ; et vers le même temps, le comte de Vermandois, pour prévenir de pareils troubles, octroya une charte de commune aux habitants de Saint-Quentin[281]. Le clergé de la ville jura de l’observer, sauf les droits de son ordre, et les chevaliers, sauf la foi due au comte[282]. Ce comte, qui était un puissant seigneur, suzerain de plusieurs villes, ne crut pas nécessaire, comme l’évêque de Noyon, de faire ratifier sa charte par l’autorité royale, et la commune de Saint-Quentin s’établit sans que Louis le Gros intervînt en aucune manière. Pour comprendre l’effet que devait produire sur les villes de la Picardie et de l’Ile-de-France l’existence de ces trois communes, dans un espace de moins de quarante lieues, il suffit de jeter les yeux sur leurs chartes, dont voici les principaux articles :

[280] … Turbulenta conjuratio factæ communionis. (Epistolæ Ivonis Carnot. episc., apud Script. rer. gallic. et francic., t. XV, p. 105.) — La commune de Beauvais fut reconnue et confirmée par Louis le Gros, on ne peut dire en quelle année ; Louis le Jeune la confirma de nouveau en 1144.

[281] Cette concession n’a pas de date précise, mais elle remonte authentiquement aux premières années du douzième siècle ; elle fut de beaucoup antérieure à l’époque de Raoul Ier, qui devint comte de Vermandois en 1117. Quelques historiens la fixent à l’année 1102. La charte communale de Saint-Quentin porte dans son préambule : « Usus et consuetudines quas tempore Rodolfi comitis et antecessorum suorum burgenses S. Quintini tenuerunt. » (Voyez le Recueil des Ordonnances des rois de France, t. XI, p. 270.)

[282] Quum primum communia acquisita fuit, omnes Viromandiæ pares… et omnes clerici, salvo ordine suo, omnesque milites, salva fidelitate comitis, firmiter tenendam juraverunt. (Ibid.)