[287] Nulli noctibus procedenti securitas præbebatur, solum restabat ut distrahi, aut capi, aut cædi. (Ibid.)
[288] Nemo de agrariis ingrediebatur in urbem… qui non incarceratus ad redemptionem cogeretur… (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, 1651, p. 503.)
Dans l’année 1106, lorsque cet état de désordre venait de s’aggraver encore par une vacance de deux ans dans le siége épiscopal, l’évêché de Laon fut obtenu, à force d’argent, par un certain Gaudri, Normand de naissance, et référendaire de Henri Ier, roi d’Angleterre. C’était un de ces hommes d’église qui, après la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Bâtard, étaient allés faire fortune chez les Anglais, en prenant le bien des vaincus. Il avait des goûts et des mœurs militaires, était emporté et arrogant, et aimait par-dessus tout à parler de combats et de chasse, d’armes, de chevaux et de chiens[289]. Il avait à son service un de ces esclaves noirs que les grands seigneurs revenus de la première croisade venaient de mettre à la mode, et souvent il employa cet esclave à infliger des tortures aux malheureux qui lui avaient déplu. L’un des premiers actes de l’épiscopat de Gaudri fut de punir de mort un bourgeois qui avait censuré sa conduite ; puis il fit crever les yeux, dans sa propre maison, à un homme suspect d’amitié pour ses ennemis ; enfin, en l’année 1109, il se rendit complice d’un meurtre commis dans l’église[290].
[289] De rebus militaribus, canibus et accipitribus loqui gratum habuerat. (Ibid.)
[290] … Eum corripiens, et intra episcopale palatium custodiæ eum trudens, nocte per manus cujusdam sui Æthiopis, oculos ejus fecit evelli. (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 501 et 504.)
L’élévation d’un pareil seigneur ne pouvait apporter aucun soulagement aux habitants paisibles de Laon ; au contraire, elle accrut leurs souffrances. Les nobles de la ville et les clercs du chapitre devinrent encore plus turbulents et plus avides[291] ; mais l’excès de l’oppression tourna l’esprit des bourgeois vers les moyens d’y porter remède. La renommée de la commune de Noyon s’était répandue au loin ; on ne parlait que de la bonne justice qui se faisait dans cette ville et de la bonne paix qui y régnait. Les habitants de Laon ne doutèrent pas que l’établissement d’une commune ne produisît chez eux les mêmes effets qu’à Noyon, et cette espérance les anima tout à coup d’une sorte d’enthousiasme. Ils tinrent des assemblées politiques, et résolurent de tout sacrifier pour leur affranchissement commun et pour l’institution d’une magistrature élective. L’évêque, sans l’aveu duquel rien ne pouvait se faire d’une manière pacifique, était alors en Angleterre ; les clercs et les chevaliers de la ville gouvernaient en son absence. Ce fut donc à eux que les bourgeois s’adressèrent, en leur offrant beaucoup d’argent s’ils voulaient consentir à reconnaître, par un acte authentique, à la communauté des habitants le droit de se gouverner par des autorités de son choix. Séduits par l’appât du gain, les clercs et les chevaliers promirent d’accorder tout, pourvu qu’on donnât de bonnes sûretés et de bons gages pour le payement[292]. Il paraît qu’ils ne se rendaient pas un compte bien exact de l’étendue des concessions demandées, et ne voyaient dans cette transaction qu’un moyen expéditif de se procurer beaucoup d’argent : car, dit un contemporain, s’ils s’accordèrent avec les gens du peuple sur le fait de la commune, ce fut dans l’espoir de s’enrichir d’une manière prompte et facile[293].
[291] Quod considerantes clerus cum archidiaconis, ac proceres, et causas exigendi pecunias a populo aucupantes… (Ibid., p. 503.)
[292] … Si pretia digna impenderent… (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 503.)
[293] Ibid.
La commune établie à Laon, du consentement et par le serment commun des clercs, des chevaliers et des bourgeois, fut réglée, pour l’organisation des pouvoirs municipaux, en partie sur le modèle de Noyon, en partie sur celui de Saint-Quentin[294]. L’administration de la justice et de la police publique était confiée à un majeur ou maire, et à des jurés électifs dont le nombre était de douze au moins. Ils avaient le droit de convoquer les habitants au son de la cloche, soit pour tenir conseil, soit pour la défense de la ville. Ils devaient juger les délits commis dans la cité et la banlieue, faire exécuter les jugements en leur nom, et sceller leurs actes d’un sceau municipal différent de celui de l’évêque. Il était enjoint à tout habitant domicilié dans les limites du territoire appartenant à la commune de prêter serment d’obéissance à la loi ou charte de cette commune, dont voici quelques articles :