[309] … Ex episcopalibus villis plurimo accito rusticorum agmine turres ecclesiæ munit… (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 505.)
[310] … Et fecissent, si cum episcopo omnes proceres esse sensissent. (Ibid.)
[311] « Si Joannes Maurus meus ipsum, qui in eis est potior, naso detraheret, nullatenus grunnire præsumeret ? » (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, cap. VII, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 506.)
Le lendemain jeudi, pendant que l’évêque, en pleine sécurité, discutait avec l’un de ses archidiacres nommé Gautier, sur les nouvelles mesures de police qu’il s’agissait de prendre, et en particulier sur la quotité et la répartition des tailles, un grand bruit s’éleva dans la rue, et l’on entendit une foule de gens pousser le cri de Commune ! commune[312] ! C’était le signal de l’insurrection ; et dans le même moment de nombreuses bandes de bourgeois, armés d’épées, de lances, d’arbalètes, de massues et de haches, investirent la maison épiscopale et s’emparèrent de l’église. A la première nouvelle de ce tumulte, les nobles, qui avaient promis à l’évêque de lui prêter secours au besoin, vinrent en grande hâte de tous côtés ; mais à mesure qu’ils arrivaient, ils étaient saisis par le peuple, qui les massacrait sans pitié[313]. Comme c’était à l’évêque que les bourgeois en voulaient principalement, ils faisaient grand bruit autour du palais épiscopal, dont on avait fermé les portes, et dont ils commencèrent le siége. Ceux du dedans se défendirent à coups de flèches et de pierres ; mais les assaillants étant entrés de vive force, l’évêque n’eut que le temps de prendre l’habit d’un de ses domestiques, et de se réfugier dans le cellier, où l’un des siens le fit cacher dans un tonneau qu’il referma. Les bourgeois parcouraient la maison, cherchant de tous côtés et criant : « Où est-il, le traître, le coquin ? » Un serviteur, par trahison, leur découvrit la retraite de son maître.
[312] « … Ecce per urbem tumultus increpuit Communiam inclamitantium… » (Ibid.)
[313] … Proceres ad episcopum, cui præsidium… juraverant se laturos, undecumque concurrunt. (Ibid.)
L’un des premiers qui arrivèrent au lieu indiqué, et l’un des chefs de l’émeute, était un certain Thiégaud, serf de l’église Saint-Vincent, et longtemps préposé par Enguerrand, seigneur de Coucy, au péage d’un pont voisin de la ville. Dans cet office, il avait commis beaucoup de rapines, rançonnant les voyageurs et les tuant même, à ce qu’on disait. Cet homme, de mœurs brutales, était connu de l’évêque, qui lui donnait, par plaisanterie, à cause de sa mauvaise mine, le sobriquet d’Isengrin[314]. C’était le nom qu’on donnait au loup, dans les contes et les fables du temps, comme on appelait maître Renard l’animal que ce surnom populaire sert à désigner aujourd’hui[315]. Lorsque le couvercle de la tonne où se cachait l’évêque eut été levé par ceux qui le cherchaient : « Y a-t-il là quelqu’un ? cria Thiégaud frappant un grand coup de bâton. — C’est un malheureux prisonnier, répondit l’évêque d’une voix tremblante. — Ah ! ah ! dit le serf de Saint-Vincent, c’est donc vous, messire Isengrin, qui êtes blotti dans ce tonneau[316] ? » En même temps il tira l’évêque par les cheveux hors de sa cachette. On l’accabla de coups et on l’entraîna jusque dans la rue. Pendant ce temps il suppliait les bourgeois d’épargner sa vie, offrant de jurer sur l’Évangile qu’il abdiquerait l’épiscopat, leur promettant tout ce qu’il avait d’argent, et disant que, s’ils le voulaient, il abandonnerait le pays[317]. Mais ils n’écoutaient ni ses plaintes ni ses prières, et ne lui répondaient qu’en l’insultant et en le frappant. Enfin, un certain Bernard de Bruyères lui assena sur la tête un coup de hache à deux tranchants, et presque au même moment un second coup de hache lui fendit le visage et l’acheva. Thiégaud, voyant briller à son doigt l’anneau épiscopal, lui coupa le doigt avec une épée pour s’emparer de l’anneau : ensuite le corps, dépouillé de tout vêtement, fut poussé dans un coin, où chaque bourgeois qui passait par là lui jetait des pierres ou de la boue, en accompagnant ces insultes de railleries et de malédictions[318].
[314] Solebat autem episcopus eum Insengrinum irridendo vocare… (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, cap. VIII, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 507.)
[315] … Sic enim aliqui solent appellare lupos. (Ibid.) — L’ancien et véritable nom français du renard est golpis ou goupil, dérivé du latin vulpes.
[316] « … Hiccine est dominus Insengrinus repositus. » (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, cap. VIII, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 507.)