[322] Perpensa igitur… cives perpetrati quantitate facinoris, magno extabuere metu, regium pertimescentes judicium… (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 509, cap. XI.)
[323] Thomam, Codiciacensis filium, cui erat castellum Marla, præsidium ad sui contra regios impetus defensionem accersire disponunt. (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 509, cap. XI.)
Thomas de Marle, fils d’Enguerrand de Coucy, était le seigneur le plus redouté de la contrée, non-seulement par sa grande puissance, mais encore par son caractère violent jusqu’à la férocité. Le nom de son château de Crécy figurait dans une foule de récits populaires, où l’on parlait de marchands et de pèlerins mis aux fers, retenus dans des cachots humides et torturés de mille manières[324]. Que ces bruits fussent vrais ou faux, les bourgeois de Laon, dans la situation critique où ils se trouvaient, n’avaient pas le loisir de se décider d’après leur opinion sur ce point. Il leur fallait, à tout prix, un secours contre la puissance royale ; et, parmi les seigneurs du pays, il n’y avait guère que Thomas de Marle sur lequel ils pussent compter, car ce seigneur était l’ennemi personnel de Louis le Gros. Il s’était ligué en 1108 avec Guy de Rochefort et plusieurs autres, pour empêcher le roi d’être sacré à Reims. Les bourgeois de Laon envoyèrent donc des députés au château de Crécy pour parler au seigneur de Marle, et l’inviter à venir, dans la ville, conclure un traité d’alliance avec les magistrats de la commune[325]. Son entrée à cheval, et en armure complète, au milieu de ses chevaliers et de ses sergents d’armes, fut pour les citoyens de Laon un grand sujet de joie et d’espoir.
[324] Dici ab ullo non potest quot in ejus carceribus fame, tabo, cruciatibus, et in ejus vinculis expirarunt. (Ibid., p. 510.)
[325] Ad hunc… dirigentes ut ad se veniret, seque contra regem tueretur orantes… (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 510.)
Lorsque les chefs de la commune eurent adressé leurs propositions à Thomas de Marle, celui-ci demanda à en délibérer séparément avec les siens ; tous furent d’avis que ses troupes n’étaient pas assez nombreuses pour tenir dans la place contre la puissance du roi. Cette réponse était dure à donner. Thomas craignit qu’elle n’excitât le ressentiment des bourgeois et qu’ils ne voulussent le retenir de force pour lui faire partager, bon gré mal gré, les chances de leur rébellion[326]. Il s’arrangea donc pour ne rien dire de positif tant qu’il demeurerait dans la ville ; et, de retour à son château, il donna un rendez-vous aux principaux bourgeois, dans une grande plaine, à quelque distance de Laon. Lorsqu’ils y furent réunis, Thomas de Marle prit la parole en ces termes : « Laon est la tête du royaume ; c’est une ville que je ne puis tenir contre le roi. Si vous redoutez la puissance royale, suivez-moi dans ma seigneurie ; je vous y défendrai selon mon pouvoir, comme un patron et un ami. Voyez donc si vous voulez m’y suivre[327]. » Ces paroles jetèrent la consternation parmi les bourgeois de Laon ; mais comme ils désespéraient de leurs seules forces et n’apercevaient aucun moyen de salut, le plus grand nombre abandonna la ville, et se rendit soit au château de Crécy, soit au bourg de Nogent, près de Coucy. Le bruit se répandit bientôt, parmi les habitants et les serfs des campagnes voisines, que les citoyens de Laon s’étaient enfuis hors de leur ville et l’avaient laissée sans défense. C’en fut assez pour les attirer en masse par l’espoir du butin[328]. Durant plusieurs jours, les gens de Montaigu, de Pierrepont et de la Fère vinrent par bandes piller les maisons désertes et enlever tout ce qui s’y trouvait. Le sire de Coucy amena lui-même à ce pillage ses paysans et ses vassaux : « Bien que arrivés les derniers, dit un contemporain, ils trouvèrent presque autant de choses à prendre que si personne ne fût venu avant eux[329]. »
[326] … Quod oraculum insanis hominibus quandiu in sua ipsorum urbe erat propalare non ausus… (Ibid.)
[327] « Civitas hæc quum caput regni sit, non potest contra regem a me teneri. » (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 510.)
[328] Tunc quique pagenses ad solitariam proruunt civitatem… (Ibid.)
[329] Quum nostri recentiores tardius advenissent, munda ommia, et quasi illibata se reperisse jactaverint. (Ibid.)