[338] … Milvorum, corvorum et vulturum rapacitati pastum generalem exhibens, et patibulo affigi præcipiens… (Sugerii Vita Ludovici Grossi, apud Script. rer. gallic. et francic., t. XII, p. 42.)
Ensuite le roi entra dans la ville, où les deux partis opposés continuaient, quoique avec un succès inégal, à se faire une guerre d’assassinats et de brigandages. Sa présence, donnant tout pouvoir aux adversaires de la commune, leur inspira aussi, pour un moment, plus de calme et de modération. Il y eut un intervalle de paix durant lequel on s’occupa de cérémonies expiatoires et de la réparation des églises ruinées par l’incendie. L’archevêque de Reims, venu exprès, célébra une messe solennelle pour le repos des âmes de ceux qui avaient péri durant les troubles. Entre les deux parties de la messe, il prononça un sermon approprié à la circonstance, et capable, à ce que l’on croyait, de calmer les esprits. Il prit pour texte ce verset de saint Pierre : Servi, subditi estote in omni timore dominis ! « Serfs, dit-il, soyez soumis en toute crainte à vos seigneurs, et si vous êtes tentés de vous prévaloir contre eux de leur dureté et de leur avarice, écoutez ces autres paroles de l’Apôtre : Obéissez non-seulement à ceux qui sont bons et doux, mais même à ceux qui sont rudes et fâcheux. Aussi les canons frappent-ils d’anathème quiconque, sous prétexte de religion, engagerait des serfs à désobéir à leurs maîtres, et à plus forte raison à leur résister par force[339]. »
[339] Plane in authenticis canonibus damnantur anathemate, qui servos dominis religiosis causa docuerint inobedire, aut quovis subterfugere, nedum resistere. (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 509.)
Malgré ces autorités et ces raisonnements, la bourgeoisie de Laon ne se résigna point à son ancienne servitude, et les partisans de ces exécrables communes, comme s’exprime un narrateur contemporain[340], ne restèrent point en repos. Il y eut une nouvelle série de troubles dont l’histoire nous manque, mais durant lesquels, selon toute apparence, le parti de la bourgeoisie reprit le dessus. En l’année 1128, seize ans après le meurtre de l’évêque Gaudri, la crainte d’une seconde explosion de la fureur populaire engagea son successeur à consentir à l’institution d’une nouvelle commune sur les bases anciennement établies. Le roi Louis le Gros en ratifia la charte dans une assemblée tenue à Compiègne. Une particularité remarquable, c’est qu’on évita avec soin d’écrire dans cette charte le nom de commune, et que ce mot, devenu trop offensif, à cause des derniers événements, fut remplacé par ceux d’établissement de paix : institutio pacis. Les bornes territoriales de la commune furent appelées bornes de la paix ; et pour en désigner les membres, on se servit de la formule : tous ceux qui ont juré cette paix[341]. Voici le préambule de cet acte, qui fixa d’une manière définitive les droits civils et politiques des habitants de la ville de Laon et du territoire au pied de ses murailles, depuis l’Ardon jusqu’au Breuil, en y comprenant le village de Lœuilly avec ses coteaux et ses vignobles :
[340] … De execrabilibus communiis illis… (Ibid.)
[341] Termini pacis… omnes qui hanc pacem juraverunt. (Recueil des Ordonnances des rois de France, t. XI.) — La même chose arriva pour la commune de Cambrai : détruite en l’année 1180 par l’empereur Frederik, elle obtint, à prix d’argent, son rétablissement sous le nom de paix ; parce que, dit un auteur contemporain, le nom de commune fut toujours abominable. Voici le passage entier : « Cives ad imperatorem… cum multa pecunia recurrentes, eliminato communiæ nomine quod semper abominabile exstitit sub nomine pacis, quum tamen pax non esset, contra episcopum et clericorum libertatem… privilegium sua voluntate et seditione plenum reportaverunt. » (Balderici Chron. continuat., apud Script. rer. gallic. et francic., t. XIII, p. 541.)
« Au nom de la sainte et indivisible Trinité, ainsi soit-il. Louis, par la grâce de Dieu, roi des Français, faisons savoir à tous nos féaux, présents et à venir, que, du consentement des barons de notre royaume et des habitants de la cité de Laon, nous avons institué en ladite cité un établissement de paix. »
Les articles suivants énoncent les limites de la juridiction municipale hors des murs de la ville, les différents cas de procédure et la fixation des tailles sur les bases du premier établissement ; ensuite vient un décret d’amnistie conçu en ces termes :
« Toutes les anciennes forfaitures et offenses commises avant la ratification du présent traité sont entièrement pardonnées. Si quelque homme banni pour avoir forfait par le passé veut rentrer dans la ville, il y sera reçu et recouvrera la possession de ses biens ; sont néanmoins exceptés du pardon les treize dont les noms suivent : Foulque, fils de Bomart ; Raoult de Caprisson ; Hamon, homme de Lebert ; Payen Seille ; Robert ; Remy Bute ; Maynard Dray ; Raimbault de Soissons ; Payen Osteloup ; Ancelle Quatre-Mains ; Raoul Gastines ; Jean de Molrain et Ancelle, gendre de Lebert[342]. »
[342] Recueil des Ordonnances des rois de France, t. XI, p. 186.