[352] … Tum lapidibus et baculis armati tanto furore equites persequuntur, ut… (Gallia christiana, t. IX, col. 543.)

[353] … Eosque verberibus cædunt ad sanguinem usque, quo polluta est ecclesia. (Ibid.)

Regardant l’église comme profanée, le chapitre cessa d’y célébrer aucun office et transporta ailleurs les vases sacrés. L’official prononça l’excommunication contre les auteurs du sacrilége ; enfin l’évêque mit l’interdit sur toute la ville et excommunia les magistrats municipaux, d’abord comme gardiens et représentants de la commune, et ensuite parce qu’ils avaient été témoins du désordre sans rien faire pour l’empêcher. Le chapitre en corps adressa ses plaintes au pape Boniface VIII, qui écrivit au roi Philippe le Bel pour l’exhorter à punir les coupables, à soutenir en tout point la cause du clergé de Laon, enfin à casser la commune contraire aux droits et à la tranquillité de l’église[354]. Le roi envoya deux commissaires, nommés Pierre de Sargine et Jean Choisel, pour faire une enquête exacte sur ce qui s’était passé. Les procès-verbaux dressés par eux furent soumis au parlement, qui prononça contre la commune de Laon un arrêt dont voici quelques passages :

[354] … Communiam abroget, ecclesiæ dudum injuriosam, ac juri ecclesiastico inimicam… (Gallia christiana, t. IX, p. 543.)

« Attendu que les citoyens de Laon, réunis en grand nombre, après avoir sonné la cloche de la commune, fermé les portes de la ville et fait des proclamations publiques, se sont rués en sacriléges dans la mère église, sans respect pour les immunités ecclésiastiques ; qu’ils ont arraché par force de ladite église un clerc et plusieurs nobles chevaliers, réfugiés dans cet asile sacré pour sauver leur vie et échapper à la poursuite de leurs ennemis qui les ont blessés cruellement, au point qu’un des chevaliers est mort par suite de ses blessures ; qu’ainsi ils ont violé les libertés de ladite église, et cela en présence de plusieurs officiers de la commune, des échevins, jurés et autres magistrats, qui, loin de s’opposer à ce crime, comme ils pouvaient et devaient le faire, ont prêté secours, conseil et protection aux auteurs du mal ; vu l’enquête sur ce faite, d’après le témoignage de toutes les personnes qui devaient être entendues ; nous déclarons les susdits citoyens, maire, jurés, échevins, et tous autres magistrats de la ville de Laon, coupables des faits énumérés ci-dessus, et les privons, par le présent arrêt, de tout droit de commune et de collége, sous quelque nom que ce soit, leur ôtant à tout jamais et entièrement leurs cloches, sceau, coffre commun, charte, priviléges, tout état de justice, juridiction, jugement, échevinage, office de jurés et tous autres droits de commune[355]. »

[355] Cet arrêt se trouve répété dans le préambule d’une charte postérieure de Charles IV. (Recueil des Ordonnances des rois de France, t. XII, p. 465 et suiv.)

Une constitution municipale qui comptait près de deux cents ans d’existence ne pouvait être détruite d’un seul coup : aussi l’arrêt du parlement ne fut-il point exécuté à la lettre. Pour ne pas renouveler à Laon les scènes de tumulte qui avaient signalé, au douzième siècle, l’établissement de la commune, le roi fut obligé de révoquer presque aussitôt la sentence portée contre les bourgeois, par une charte qui les maintenait provisoirement dans la jouissance de leurs droits politiques. Cette charte portait que la commune de Laon serait rétablie sous la réserve de demeurer en la main du roi ; et la principale clause était conçue en ces termes : « Ne seront, ladite commune et ledit échevinage, en vigueur qu’autant qu’il nous plaira[356]. » De son côté, le chapitre de Laon fut obligé de capituler avec les bourgeois sur les satisfactions qu’il exigeait. Les deux parties nommèrent des arbitres qui s’accordèrent, moyennant une rente payée à l’église par la commune et certaines cérémonies expiatoires. A la première fête solennelle, cent des bourgeois excommuniés, nu-pieds, sans robe ni ceinture, marchèrent processionnellement, la croix en tête, depuis le bas de la montagne de Laon jusqu’à la cathédrale. Trois d’entre eux portaient dans leurs bras des figures d’hommes en cire, du poids de vingt livres, qu’ils remirent au doyen et aux chanoines, en signe de restitution. Ensuite la sentence et l’interdit furent levés par mandement du pape[357].

[356] Recueil des Ordonnances des rois de France, t. XII, p. 465 et suiv.

[357] Histoire du diocèse de Laon, par Dom Nicolas Le Long, p. 308 et 309.

A une époque où les décisions législatives des rois de France prenaient plus de force qu’elles n’en avaient jamais eu depuis l’établissement des communes, la situation de celle de Laon devenait singulièrement précaire. Son existence dépendait entièrement de la volonté ou de l’intérêt de Philippe IV et de ses successeurs. Ce roi lui fut favorable durant tout son règne, parce que les ennemis des libertés de Laon avaient pris parti pour le pape dans ses démêlés avec la cour de France. Boniface VIII avait même récompensé leur zèle par une bulle où, de son autorité pontificale, il abolissait à perpétuité la commune ; mais le roi fit brûler cette bulle[358]. Philippe V, qui, en l’année 1316, succéda à son frère Louis X, ne fut pas plus favorable aux adversaires de la commune de Laon. Soit qu’il cédât à un sentiment de respect pour les droits consacrés par le temps, soit que les bourgeois eussent offert de l’argent pour qu’il les maintînt dans leur liberté provisoire, il ratifia la charte de Philippe le Bel et confirma aux citoyens l’exercice de leurs droits pour autant de temps qu’il plairait à la volonté royale[359]. D’un côté les bourgeois, et de l’autre l’évêque et le chapitre de Laon, étaient en instance perpétuelle auprès de la cour du roi, et adressaient requêtes sur requêtes, les premiers pour obtenir une confirmation définitive, les seconds pour faire remettre en vigueur l’ordonnance de Philippe le Bel. Ces derniers réussirent auprès de Charles IV, qui, dès l’année de son avénement, en 1322, rendit contre la commune de Laon une ordonnance dont voici quelques articles :