[358] Histoire du diocèse de Laon, par Dom Nicolas Le Long, p. 311.

[359] Recueil des Ordonnances des rois de France, t. XII.

« Eu sur ce délibération et conseil, nous statuons et ordonnons, en vertu de notre autorité royale, qu’en la ville, cité et faubourgs de Laon, il ne puisse y avoir, à l’avenir, commune, corps, université, échevinage, maire, jurés, coffre commun, beffroi, cloche, sceau, ni aucune autre chose appartenant à l’état de commune. De notre certaine science et autorité royale, nous mettons à néant, dans ladite ville, cité et faubourgs, le susdit état de commune et tous les droits qui en dépendent, les déclarons annulés à perpétuité, et imposons perpétuel silence aux citoyens et habitants, présents et à venir, sur toute demande et réclamation relatives auxdits priviléges de commune, corps, université, mairie, échevinage, cloche, sceau et coffre commun. Nous statuons en outre qu’ils ne pourront être ouïs sur ces choses, ni par voie de supplique, ni par aucune autre, décrétant que toutes lettres qu’ils pourraient avoir en confirmation des susdits droits sont nulles et de nulle valeur, et réunissons, pour toujours, à notre prévôté de Laon, la juridiction qui autrefois appartenait à la commune[360]. »

[360] Recueil des Ordonnances des rois de France, t. XII, p. 465 et suiv.

Malgré les termes impératifs de cette ordonnance, les bourgeois de Laon ne désespérèrent pas tout à fait de leur cause, et, ne reculant devant aucun sacrifice, ils entamèrent une négociation d’argent avec les officiers du roi. Quoiqu’il eût été décrété qu’ils ne seraient ouïs par aucune voie, leurs offres ne furent point repoussées ; mais la partie adverse, admise à plaider contre eux, prolongea cette affaire, qui n’était point encore terminée à la mort de Charles le Bel, arrivée en 1328. La discussion s’engagea de nouveau et plus vivement encore devant son successeur Philippe VI. L’évêque et son chapitre soutenaient que le roi, en sa qualité de défenseur et spécial gardien des églises, devait faire exécuter rigoureusement la sentence rendue contre la commune de Laon, en punition de ses méfaits notoires, détestables et scandaleux. Ils disaient que si l’on ne tenait la main à cet arrêt, beaucoup de maux et griefs pourraient s’ensuivre, et ils ajoutaient que bien des gens dans la ville pensaient que ce ne serait pas profit qu’il y eût commune[361]. Pour réfuter ces arguments, les fondés de pouvoirs de la bourgeoisie remontraient que la sentence rendue en 1294 était sans application, puisque le délit avait été amendé par des réparations de tout genre ; que d’ailleurs tous ceux qui l’avaient commis étaient morts[362]. Leurs raisons et peut-être leurs offres prévalurent. La cour décida que le roi, « en vertu de son autorité, avait droit de mettre et d’établir commune en la ville de Laon, toutes fois qu’il lui plairait et qu’il lui semblerait profitable de le faire. » L’ordonnance rendue à cet égard imposait perpétuel silence au doyen, à l’évêque et à son chapitre. Mais il ne fallut pas plus de deux ans à l’évêque Albert de Roye pour faire écouter ses réclamations, et convaincre de la bonté de sa cause le même roi qui avait reconnu dans sa plaidoirie contre les bourgeois plus de haine que d’amour de justice[363]. Les nouveaux moyens de persuasion employés par ce prélat consistaient en une grosse somme d’argent qui fut remise entre les mains du trésorier de France, le 29 avril de l’année 1330[364]. Enfin, au commencement de l’année 1331, fut rendue l’ordonnance qui devait abolir, après deux siècles révolus, la commune ou paix de Laon.

[361] Recueil des Ordonnances des rois de France, t. XII, p. 465 et suiv.

[362] Ibid.

[363] Ibid., p. 3 et suiv.

[364] … Multam contulit pecuniam… (Gallia christiana, t. IX, col. 546.)

« Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, savoir faisons à tous présents et à venir, que comme nous, considérant que la commune jadis de Laon, pour certains méfaits et excès notoires, énormes et détestables, avait été ôtée et abattue à toujours par arrêt de la cour de notre très-cher seigneur et oncle le roi Philippe le Bel, confirmé et approuvé par nos très-chers seigneurs les rois Philippe et Charles, dont Dieu ait les âmes ; par grande délibération de notre conseil, avons ordonné que jamais commune, corps, collége, échevinage, maire, jurés ou aucun autre état ou signe à ce appartenant, ne soient institués ou établis à Laon. Nous, considéré le bon gouvernement qui a été en ladite ville, par nos gens, depuis que la commune fut abattue et qui est aussi et a été ès autres cités et bonnes villes de notre royaume, esquelles il n’y a nul état de commune ni d’échevinage, eu sur ce grande et mûre délibération et conseil, audit gouvernement avons pourvu et pourvoyons en la manière qui s’ensuit :