« Le bailli de Vermandois, ou son lieutenant pour lui, connaîtra de toutes affaires, tant en assises à Laon que hors d’assises.

« Il y aura à Laon un prévôt de la cité, à gages, qui exercera pour le roi la justice haute, moyenne et basse, et dans tous les lieux qui étaient de la commune, ou de la paix.

« Le prévôt établira à Laon le maître de tous les métiers.

« Les sommes dont les habitants de Laon auront besoin pour la défense de leurs pâturages, de leurs droitures et de leurs franchises, pour la conservation des puits, des fontaines, et pour le payement de leurs rentes à vie ou à perpétuité, seront levées par six personnes que le prévôt fera élire par le peuple.

« Il n’y aura plus à Laon de tour du beffroi, et les deux cloches qui y étaient en seront ôtées et confisquées au roi. Les deux autres cloches qui sont en la tour de Porte-Martel y resteront, dont la grande servira à sonner le couvre-feu au soir, le point du jour au matin, et le tocsin ; et la petite, pour faire assembler le guet[365]. »

[365] Recueil des Ordonnances des rois de France, t. II, p. 77 et suiv.

Comme il n’y a guère de révolution sans changement de noms pour les édifices publics, une ordonnance postérieure défendit que la tour dont on avait enlevé les deux grosses cloches de la commune fût appelée tour du beffroi[366]. Il semble qu’on voulût, par là, effacer les souvenirs démocratiques attachés à ces vieux murs d’où partait autrefois le signal qui annonçait aux bourgeois libres l’ouverture de l’assemblée populaire ou les dangers de leur cité. Le beffroi ou la grande tour communale bâtie au centre de la ville était un sujet d’orgueil et d’émulation pour les petites républiques du moyen âge. Elles employaient des sommes considérables à la construire et à l’orner, afin qu’aperçue de loin, elle donnât une grande idée de leur puissance. C’était surtout parmi les communes du Midi que régnait cette espèce d’émulation ; elles cherchaient à se surpasser l’une l’autre en magnificence, et quelquefois en bizarrerie, dans la construction de leurs tours. On donnait à ces édifices des noms sonores et recherchés, comme celui de Miranda ou la Merveille[367] ; et il paraît que la fameuse tour de Pise doit à une vanité de ce genre son architecture singulière.

[366] « Et défendons que ladite tour soit jamais appelée beffroi. » (Ibid., t. XII, et préface du t.)

[367] Voyez le Recueil des poésies des troubadours, publié par M. Raynouard.

LETTRE XIX
Sur les communes d’Amiens, de Soissons et de Sens.