[378] … Archiepiscopo Remensi annulum, sandaliaque remisit, et se exilium iturum, numquamque deinceps episcopum futurum utrobique mandavit. (Ibid.)

[379] Voyez plus haut, Lettre [XVII].

Cette guerre présentait de singuliers contrastes : d’un côté, le sire de Marle, ennemi de la commune d’Amiens, était ami de celle de Laon, dont les membres les plus compromis s’étaient réfugiés sur ses terres ; de l’autre, le roi, en s’avançant contre ce seigneur, venait par le fait sauver la première de ces communes et accabler la seconde. Après la soumission de Thomas de Marle, Louis le Gros dirigea ses forces contre Enguerrand de Boves comme allié et complice de son fils. Son entrée dans Amiens ranima le courage et les espérances populaires. L’évêque, associé de cœur aux intérêts et aux passions de la multitude, le dimanche des Rameaux de l’année 1115, prêcha, devant le roi et tout le peuple assemblé, un sermon sur les événements du jour. Il prononça de grandes invectives et tous les anathèmes de l’Écriture sainte contre la garnison de la grosse tour, promettant de la part de Dieu le royaume du ciel à quiconque périrait à l’attaque de cette forteresse[380]. Il fut décidé que les soldats royaux, réunis aux mieux armés d’entre les bourgeois, et conduits par le roi en personne, livreraient un assaut général. L’évêque se rendit nu-pieds au tombeau de saint Acheul, et y pria avec ferveur pour le succès de l’entreprise[381]. Au jour fixé, les ingénieurs du roi firent avancer contre le Castillon plusieurs des machines au moyen desquelles on s’approchait alors des places fortes : c’étaient des tours de bois chargées de combattants et garnies de ponts-levis qu’on abaissait contre les parapets de la muraille. Malgré la discipline des troupes royales et le dévouement de la bourgeoisie, la grosse tour du Castillon garda sa réputation d’imprenable. Les assaillants furent repoussés ; leurs machines furent démontées par les pierriers qui tiraient dessus. Beaucoup de soldats et de bourgeois périrent, soit au pied des murailles, soit sur les tours dressées pour l’attaque, et le roi lui-même fut blessé à la poitrine d’une flèche qui traversa son haubert[382].

[380] … Spondens regno cœlorum his qui turrim expugnando perierint. (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 517.)

[381] … Episcopus vero nudipes ad sanctum Aceolum non tunc pro hoc exaudiendus abierat. (Ibid.)

[382] … Missis ex tormento lapidibus utrasque (machinas) confregerunt. Et fervescente jactu missilium, quater vicennis, ut relatum est, vulneratis, etiam regem jaculo in pectore loricato læserunt… At milites, qui de machinis pendebant, obrui se videntes, fugam ineunt, nec mora cæteri… (Guiberti de Novigent., de Vita sua, lib. III, apud ejusdem Opera omnia, ed. Luc d’Achery, p. 517.)

Louis VI, qui, en obligeant Thomas de Marle à rester en repos et à se faire absoudre par l’Église, avait accompli l’objet de son expédition, ne jugea pas à propos de s’exposer aux dangers et aux fatigues d’un nouvel assaut. Il partit laissant quelques troupes qui, avec la coopération des bourgeois, tournèrent en blocus le siége de la grosse tour[383]. Ce fut seulement au bout de deux ans que les assiégés rendirent le Castillon, qui fut aussitôt démoli et rasé. L’évêque Geoffroi ne démentit point son caractère d’ami des libertés du peuple. Il avait encouru le blâme des adversaires des communes, qui étaient nombreux parmi la noblesse et le clergé ; mais ses mœurs étaient si pures, et son zèle religieux si éclatant, qu’après sa mort l’Église l’honora du nom de saint. Si le mérite d’avoir fondé une commune ne lui fut pas compté, il y a sept siècles, parmi ceux qui lui valurent ce titre, c’est à nous de l’y ajouter comme un motif de plus pour vénérer sa mémoire.

[383] Videns igitur rex inexpugnabilem locum cessit, obsideri jubens dum fame coacti se redderent. (Ibid.)

Pendant que ces événements se passaient, et que la commune d’Amiens luttait avec tant de peine contre ses anciens seigneurs, la ville de Soissons s’affranchit et se constitua en commune, sans qu’elle eût besoin pour cela d’entrer en rébellion ouverte. L’évêque et le comte, intimidés par les exemples de violence et d’obstination que venaient de donner deux villes voisines, consentirent, pour le maintien de la paix, à l’établissement d’un gouvernement municipal, sauf à disputer ensuite sur l’étendue des priviléges que s’attribuerait ce gouvernement. Voici les principaux articles de la charte qui, avec l’approbation du roi, et pour la paix du pays, établissait, dans la ville de Soissons, une commune entre tous les hommes possédant une maison ou un terrain, soit dans la ville, soit dans les faubourgs[384].

[384] « Contigit ob pacem patriæ nos in civitate Suessionensi communiam constituisse de hominibus illis qui ea die domum aut plateam habebant infra terminos urbis et suburbiorum ejus, eisque quædam gravamina dimisimus quæ a dominis suis patiebantur : unde et ipsis chartam fecimus, etc. » (Charta Ludovici VI, apud Script. rer. gallic. et francic., t. XIV, p. LXXII præfationis.)