— Ah ! monsieur, j’aimais trop la chasse !
J’ai lu des historiens qui s’étonnaient que Charles X fût en train de chasser à Rambouillet tandis que Paris se cabrait sous les Ordonnances.
Ces historiens-là n’ont donc pas connu de chasseurs, j’entends de vrais chasseurs ? Ce carnet de veneur ne leur est donc pas tombé sous les yeux : « 20 novembre 1794… Incarcéré comme suspect… 10 décembre : Relaxé. Pris un cerf. »
On naît chasseur comme on naît marin, moine, cavalier, artiste. On chasse avant tout, partout, malgré tout.
Un chasseur est emporté par la même passion, par la même folie qu’un grand musicien ou qu’un grand peintre.
Lui aussi il connaît les élans, les désespoirs, les éclairs, les entêtements et les bonheurs, les ivresses et les subtilités de l’Art.
Son royaume n’est pas celui des Hommes, mais celui plus captivant, plus divers des Bêtes et des Bois.
L’histoire naturelle a ses savants, mais elle a aussi ses poètes — poètes réalistes — les chasseurs.
Je l’avoue : j’envie sincèrement, j’admire ceux dont l’Art difficile consiste à sonder journellement, parfois à pénétrer, à connaître l’âme mystérieuse des bêtes.
Somme toute, mon vieux garde remplit auprès des animaux le même office que M. Paul Bourget auprès des Parisiennes. Il sait leurs caractères, leurs rivalités, leurs préférences secrètes, leurs passages, leurs dévotions, leurs légendes et leurs amours.