Mon vieil ami fit signe que non.
La mansuétude de l’ombre descendait en lui. Il avait ouvert les yeux ; son regard errait dans la brume bleue du crépuscule, sur la terre de teinte neutre où montaient les silhouettes des arbres. L’angélus emplissait la vallée de paix grave, et une douceur planait sur les champs. Le regard du baron, après s’être promené un instant, s’arrêta sur le petit cimetière, tout blanc, tout paisible dans le vague, où les siens s’en étaient successivement allés, et, où son vœu suprême, après tant de regrets, de rêves, de douleurs, était de s’endormir bientôt.
UN FAIBLE
Ce récit — ai-je besoin de le dire ? — n’est pas une copie conforme. J’y ai résumé et accumulé les traits que m’ont fournis non pas une, mais cent histoires analogues. Le collage est une infirmité qui, dans la vie maritime, devient tout particulièrement intense. Il y a à cela une foule de raisons. J’invite ceux qui s’en indigneraient à relire ces lignes du Roman d’un spahi :
« O vous qui vivez de la vie régulière de la famille, assis paisiblement chaque soir au foyer, ne jugez jamais ceux que la destinée a jetés avec des natures ardentes, dans des conditions d’existence anormales, sur la grande mer ou dans les lointains pays du soleil, au milieu de privations inouïes, de convoitises, d’influences que vous ignorez. Ne jugez pas ces exilés ou ces errants, dont les souffrances, les joies, les impressions tourmentées vous sont inconnues. » (Pierre Loti, Le Roman d’un spahi.)
UN FAIBLE
« Dans ces unions exotiques, ce n’est jamais l’homme qui élève la femme à son niveau ; c’est toujours lui qui tombe aussi bas qu’elle. »
(Baron de Mandat-Grancey, Au Congo.)
C’était un enseigne de vaisseau ayant déjà pas mal roulé par le monde.
Il était taillé en Hercule et très bon, comme le sont en général les gens forts.
Il avait la barbe blonde, le sang frais, à fleur de peau, un sang magnifique, si riche qu’on en voyait la couleur à travers la peau cuite par tous les durs soleils qui miroitent sur les mers incendiées du Sud.