Un matin donc il se promenait. C’était son habitude. Des bouffées de foin passaient sur la campagne de mai. Un attelage travaillait non loin avec un bruit de grelots. Les hommes le saluèrent :

« Bonjour, Monsieur Félix. »

Alors, soudain, il se mit à penser à la grande vallée chinoise du Yang-Tsé, avec ses milliers d’êtres courbés sur le sol, dont beaucoup crèvent ni plus ni moins que des mouches, sans que personne y prenne garde, pendant les grandes famines de l’hiver… il entendit monter le triste cri, le gémissement des coolies porteurs d’eau…


En tournant la tête, il aperçut le facteur déboucher avec une lettre.

Cette lettre arrivait de Toulon : un vieux camarade à lui venait de prendre femme et, désigné pour embarquer sur le Zodiaque, il cherchait un permutant.

« Ah ! pensa-t-il, le mariage quand on est marin ! »

… Partir un mois plus tôt, un mois plus tard, la belle affaire ! La Côte d’Afrique ? Il ne connaissait pas ce pays-là, il le verrait.

Une dépêche au camarade, une lettre au ministère, le temps d’embrasser ses parents, de faire ses malles, et quinze jours après, il s’embarquait pour Dakar où l’attendait le Zodiaque.