Quand le Zodiaque revint dans le port de Luz, prévenue par lettre, elle l’attendait sur le quai. Dès que son ami eut mis pied à terre, elle lui sauta au cou en l’embrassant très fort, ce qui fit ricaner de façon singulière les portefaix assis sur les bornes. Mais l’enseigne ne pouvait être atteint par ces détails. Il partait en permission de huit jours, et ils s’en allaient, pour s’appartenir entièrement, le plus loin possible, très haut dans la montagne, au pied de la Caldera, cratère éteint dont il est parlé dans les guides.
Un petit hôtel anglais, à mine de cottage, avec des toits rouges et des volets verts, s’y blottissait dans une gorge fauve, entre des pentes nues, incandescentes, le long desquelles vibrait pendant le jour une vapeur ardente de métal en fusion.
Ils ne pouvaient choisir de cadre mieux approprié à la violence africaine de leur amour.
Ils se levaient tard, et, aussitôt le « breakfast », ils partaient à cheval, cherchant les endroits déserts, sans souci des après-midis torrides. Leurs chevaux montaient longtemps devant eux, gravissant des éboulis de rocs où ils auraient dû rouler vingt fois, suivant des sentiers bordés par des parois à pic ou par le vide. D’ordinaire, ils parvenaient ainsi à quelque petite plaine de sable, privée d’êtres et de vie, où seulement deux ou trois cactus se hérissaient. De cette sorte de plate-forme, l’on apercevait, dormant en bas, des vallées, des « posadas », des palmiers, des choses très petites qui rappelaient l’existence des hommes…
Ils avaient là — lui du moins — l’impression de dominer le monde et tout ce qu’il contient de préjugés, d’ennui, de bassesse.
Le soleil versait sur eux ses rayons terribles. Et ce feu, qu’ils sentaient aussi dans leurs âmes, était ici le seul maître avec eux.
C’était une apothéose, un temple ardent où ils célébraient le culte de leur amour. Ils se rapprochaient l’un de l’autre jusqu’à faire toucher les flancs de leurs chevaux en sueur. Puis, elle, se renversant sur sa selle, tendait des lèvres que lui baisait avec une ferveur, une passion presque augustes.
Jamais, pensait-il, il ne pourrait pousser plus loin la sensation. On ne pouvait monter plus haut dans la vie.
Un jour cependant qu’il relevait la tête, il aperçut un vautour planer. Il était blanc, avec des lueurs d’or dans les ailes. Et cet oiseau montait, montait encore, montait jusqu’à devenir invisible… Il l’envia de pouvoir monter toujours…