Il ouvrit à son frère sa bourse et sa maison du Marais, puis, peu après, une vacance d’enseigne à pique s’étant produite aux gardes françaises, il l’y fit nommer.

Sur ces entrefaites, un mot dit à propos vint couronner la fortune de l’abbé. Un jour que le Roi se rendait à la messe, M. de Maurepas qui se trouvait sur son passage n’eut-il pas l’audace de murmurer : « Avant la messe, le Roi écrit à Mme de Mailly ; après, il y va. » A quoi le jeune docteur en théologie ne fut point en peine de répondre que c’était déjà quelque chose d’aller à la messe.

La discussion, quoique tenue à voix basse, fut entendue et répétée à qui de droit. Mme de Mailly aimait les gens attachés à leur maître. A quelque temps de là l’on pria l’abbé de Vespéran de choisir sur la liste des évêchés celui qu’il voudrait. Il prit Arboise. Cet évêché n’était que de vingt milles livres, mais se trouvait dans son pays.

Quelque honneur qu’il ressentît à vivre près de Sa Majesté et à en recevoir les bontés, le nouvel évêque restait fort tendre pour la terre natale. Dans le secret de son cœur, il nourrissait l’espoir de finir ses jours près de son berceau, en administrant paternellement ses ouailles.

La Cour lui sut gré de sa modération et la province de ses sentiments. Nommé agent général du clergé, il se montra ferme et conciliant, fit respecter les droits de chacun et conquit l’estime de tous. Les dignités plurent sur lui. Successivement maître de l’Oratoire du Roi, premier aumônier, Sa Majesté le força d’accepter le chapeau qu’il voulait refuser, n’en étant, disait-il, point digne.

L’on voyait déjà en lui le futur grand aumônier de France quand, à la stupéfaction générale, il supplia le Roi de lui permettre le résigner ses fonctions et de se retirer à Arboise.

« Que sa Majesté voulût bien considérer qu’ayant perdu ses parents et son frère aîné, Adonis de Vespéran, tué sous Philippsbourg, il lui fallait veiller de près à l’administration des biens de ses frères, dispersés sur terre et sur mer pour le service du Roi, et répondre aux demandes d’argent qu’ils ne cessaient de lui adresser. Cela était pour le temporel. Quant au spirituel, que son maître de la terre, qu’il continuerait de servir dans son diocèse, lui permît de consacrer ses vieilles années à la pensée de son maître du ciel. » La véritable raison était que les dérèglements du Roi l’affligeaient fort.

La reconnaissance l’avait attaché à Mme de Mailly, « dont les sentiments, disait-il, sont au-dessus de la conduite ». Elle venait d’ailleurs de faire une fin chrétienne, édifiante même, sous le cilice. Cet homme de Dieu faisait la part du monde, mais il ne pouvait prendre son parti de Mme de Pompadour.

Le roi finit par se rendre à ses raisons, et le laissa aller après mille embrassements et mille caresses. Devant qu’il ne partît, il voulut lui donner le collier de ses Ordres, afin de lui marquer qu’Il lui conservait Son estime.

Son Éminence s’en fut donc, chargée d’honneurs, et, ce qui est plus rare, de regrets.