Ils s’assirent.

Un bourdonnement d’insectes vibrait dans le silence. L’odeur des pins, aromatique et amère, s’exhalait comme un encens bizarre. L’atmosphère appesantissait sur eux sa chape de plomb tiède.

Quoiqu’ils eussent marché lentement, des gouttes de sueur perlaient aux tempes de Mlle de Corsen, sur la chair de ses épaules et de ses bras. Une somnolence l’envahissait et comme une caresse de printemps se répandait en elle, accompagnée d’un désir qu’elle ne se précisait pas.

Après quelques minutes, elle soupira : « Méchant ! que vous avez dû faire souffrir de femmes !

Il ne répondit pas directement, mais désignant des roses blanches qui s’inclinaient sous le poids du jour, il observa :

— Regardez-les. C’est grâce à moi qu’elles sont belles.

C’étaient des fleurs chères à Mlle de Corsen, les seules qui fussent tout à fait florissantes dans l’évêché. Le chevalier leur avait cherché partout un coin propice. Pendant le dernier hiver, tandis qu’Anne, retenue par un rhume, ne pouvait sortir, il les avait enveloppées de ses mains pour les garantir de la neige.

Tous les jours il allait les voir et lui en rapportait des nouvelles. Anne aimait ces fleurs. Souvent, dès qu’elle pouvait s’échapper seule, elle venait leur confier ses vœux, ses rêves, ses larmes. Son imagination d’enfant leur prêtait une âme comme à des êtres, et le même lien indéfinissable qui nous attache aux témoins de nos douleurs et de nos joies l’unissait à ces corolles qui, dans leur cœur fibrillé d’ambre, avaient enseveli ses secrets.

C’est pourquoi, jetant en dessous un regard tendre au vidame, elle murmura :

— C’est vrai… vous êtes bon… Je vous aime…