Les sapins chantaient l’ivresse de cet odieux amour.

La suprême Maîtresse.

Octobre était de retour et avec lui, l’Ennui. Le vidame se retrouvait au coin du feu, le menton dans la main sous la cheminée où les chimères sculptées poursuivaient leur vol. — « Semper. » « Toujours. »

Il avait fini d’épuiser la curiosité qu’Anne de Corsen lui avait inspirée. A peu de chose près, elle ressemblait à toutes les autres femmes. Il était repu de sa chair tendre, excédé de ses caresses. Sa tendresse ne lui laissait aucun repos. Ces marques passionnées n’étaient pas fort au goût du chevalier. Il avait passé l’âge où l’amour absorbe la vie tout entière. Puis on pouvait remarquer l’assiduité d’Anne à passer de longs moments dans sa chambre, en jaser, et, quoiqu’il se moquât de l’opinion, lui valoir des quolibets et des ennuis.

Présentement il cherchait un moyen galant de se débarrasser de sa jeune amie. Après quoi il proposerait un champ nouveau à son activité insatiable. Lequel ?

Il avait tiré l’épée, couru le monde, manié les affaires et les hommes, joui des femmes, correspondu avec les philosophes, feuilleté les livres, fouillé les entrailles des bêtes, scruté la matière des corps. Il était à bout de ressources.

Il se mit comme l’année précédente à marcher dans sa chambre. Ainsi, souvent, lui venaient des idées.

Un flambeau dans la main, il alla vers les vitrines que, dans le début de son exil, il avait remplies avec passion.

Elles étaient en bois de rose avec des ciselures dorées.

Pour les garnir il s’était donné un mal impossible. Il avait connu des brocanteurs et des revendeuses, des Levantins, des Vénitiens, des Hollandais, des Juifs, des Portugais. Il avait noué des relations avec des agents de la Compagnie des Indes. Les camarades de son frère, Emmanuel-Philibert, qui servait sur les vaisseaux du roi où il avait été tué dans le combat de M. de la Clüe, l’avaient pourvu de « pacotille ».