Puis il retomba mort sur la courte-pointe de soie.

Pauvre cœur, travaillé par des ferments sans trêve, as-tu trouvé dans la tombe la paix définitive et la satisfaction de tes désirs ?


… « Leur étendard est une mer agitée… »

Frisson d’hiver.

Des années s’étaient écoulées. La Révolution avait passé, livrant l’évêché aux flammes, jetant aux vents les cendres de l’enfeu. Les ruines se profilaient, désertes, pans de murs calcinés et sinistres, au sommet de la colline.

… 1802… Bonaparte, Consul… Le retour de l’Émigration…

Il faisait nuit, une nuit noire et venteuse de novembre, et il pleuvait un peu. La porte de « ces demoiselles » d’Artenay s’était ouverte pour livrer passage à une femme qui enfila la rue Sainte-Claire d’un pas menu et précipité de vieille. Elle rasait les murs comme si elle eût eu peur.

Ramassant ses jupes rebelles dans ses mains tremblantes, emmitouflées de « mitaines », encombrées du « ridicule » contenant son ouvrage — elle continuait à « parfiler » — tenant tant bien que mal son parapluie contre les rafales, elle trempait en traversant les flaques ses minces bottines à dessus de soie.

Anne de Corsen revenait de jouer sa partie de « nain jaune » avec ses bonnes amies. Le temps et le malheur avaient étendu leur patine sur ces chairs ravissantes qui firent pécher une dernière fois le vidame et tentèrent jusqu’au Cardinal, son frère. Les larmes avaient labouré le visage d’Anne de leurs sillons. Ses cheveux avaient grisonné. Les yeux seuls, comme préservés par les paupières plissées dans de pénibles veilles, les yeux étaient toujours aussi profonds et aussi douloureux qu’autrefois.