Toutes sortes de résolutions se croisaient dans la tête de Lefort. Elle bourdonnait comme une ruche, sa malheureuse tête. Il s’avança jusqu’à la cheminée, les bras croisés, terrible. Des envies lui prenaient de les empoigner tous par le fond de la culotte et de les coller à la mer. Puis il se souvint de son histoire de la Favorite : il avait failli être mis en réforme.

Un vertige passa devant ses yeux : en réforme ? Ne plus naviguer !

Ne plus naviguer, il préférait mourir.

Quelques voix s’étaient tues en le voyant. Un seul homme se leva pour marcher à sa rencontre. C’était un fusilier, Coffic, un Breton de la rivière d’Auray, un grand gars sec, voûté, à tête de fanatique, le regard en dessous…

Arrivé à quelques pas de Lefort, il recula.

Les gradés se multipliaient : « Du silence… du silence. » Le capitaine d’armes criait : « Chacun à vos plats respectifs ! »

Le chant baissait par moments, puis reprenait par bouffées, comme les rafales d’une tempête.

Lefort les considérait tous. Haussant les épaules, il finit par lâcher : « Bande de c…! »

Puis ramassant les gradés qui s’épuisaient en efforts inutiles : « En bas, dans votre poste, à l’exception du maître de quart… laissez donc gueuler ces abrutis-là… laissez-les gueuler, n. de D. ! Je veux y laisser la peau de mes c…, si je ne les fais pas tous fusiller en arrivant à Saïgon. Ah ! les salauds ! Qui croirait, tout de même ? »

Il redescendit dans sa chambre. Sa tête de colosse s’affaissa dans ses grosses mains qui tremblaient. Des gouttes de sueur, larges comme des cachets, tombaient sur le rapport du dysentérique à qui il fallait du lait… Lui aussi, il devait chanter avec les autres !