— F…-moi le camp… tiens, donne-moi la main… allez ! la compagnie de débarquement à l’appel. Fais embarquer rondement !
Jamais les ordres ne s’étaient exécutés avec plus de promptitude et de silence. Lefort sentait un baume s’étendre sur son cœur. La baleinière poussa bientôt, suivie du youyou.
Une grande rougeur couvrait le ciel. Le désert envahi par une brume lilas était d’une douceur infinie.
Les Arabes des boutres crièrent quand les embarcations passèrent près d’eux. Lefort disait :
« Mes enfants, défaites-moi vos paquets de cartouches et mettez vos cartouches en vrac dans les cartouchières et dans les musettes… pour cette fois nous contreviendrons au règlement : Interdiction d’approvisionner les magasins. On tirera coup par coup, s’il y a à le faire, par salves, à mon commandement, en observant, autant que possible, de ne pas lâcher la détente au commandement de « Feu » mais seulement lorsque votre ligne de mire passera par le but… ne vous pressez pas… visez bien et bas, le tir a toujours tendance à être long… Je vous rappelle la phrase de votre manuel : « L’Européen ne doit jamais se préoccuper du nombre de ses ennemis inexpérimentés. Il a pour lui l’ascendant moral et la supériorité de son instruction militaire. Le succès lui est assuré s’il sait conserver son sang-froid, obéir à ses chefs »…
« L’objectif est de délivrer ces messieurs et de les ramener à bord… Essayez les baïonnettes au bout des canons. »
Précaution sage : Quatre durent échanger avec des voisins leurs épées-baïonnettes dont les rainures ne s’emboîtaient pas sur les tenons de leurs fusils.
— Remettez les baïonnettes.
Lefort inclina la barre. Les embarcations arrivaient au quai.
— Par deux, l’arme à la main, les culasses ouvertes… Un volontaire pour garder les embarcations ?