L'abbé Galiani, qui a observé tout ceci plus souvent et encore mieux que moi, et qui, de plus, se fondait sur l'autorité de son oncle, archi-chapelain du roi, et qui, par ses relations avec tout le clergé, pouvait être encore plus instruit que moi, prétendait que cette relique était si ancienne qu'on en avait absolument perdu la véritable histoire, que le clergé de Naples agissait de bonne foi, qu'il ignorait parfaitement le secret de ce tour de passe-passe, et qu'il s'opérait vraisemblablement par la chaleur extérieure, et peut-être par un certain coup de main prescrit ou accidentel.
L'abbé Galiani, dans la tête duquel chaque explication à donner prenait une tournure ingénieuse et instructive, employait le mystère de ce miracle pour commenter un passage d'Horace, qui parlant dans son épître du voyage à Brindisi des fourberies religieuses de ce pays-là, dit: Thura sine igne liquefaciunt, credat judæus Apella. «Ils liquéfient de l'encens sans employer du feu. Il faudrait être un Juif comme Apella, pour le croire.»
Il y a apparence que les premiers prêtres chrétiens auront trouvé ce secret chimique, et, croyant que cette gomme brunâtre ne ressemblait pas mal à du sang caillé, ils se seront dit, voilà une chose excellente qui peut nous être aussi utile qu'aux prêtres païens; et ils l'auront employée comme fraude pieuse, très-utile par le grand succès qu'elle a eu.
C'est ainsi que mon charmant petit abbé expliquait le miracle de saint Janvier, qui n'est pas le seul de son espèce dans le royaume de Naples; car, dans deux ou trois endroits de l'intérieur, il s'opère obscurément sur le sang de deux autres martyrs, dont j'ai oublié les noms.
Dans une maison de la rue Saint-Honoré, à côté du trésor royal, il y avait une chambre dans laquelle on trouvait souvent des meubles brisés ou déplacés de la manière la plus extraordinaire. On avait beau la fermer à cadenas, y apposer même un scellé, et employer tous les moyens possibles pour en découvrir la cause; tout était inutile, et enfin les domestiques obtinrent la permission d'aller chez les capucins, qui étaient vis-à-vis pour chercher un exorciseur.
Le père, chargé de cet emploi, se transporta avec son bénitier dans la chambre en question; et, après avoir aspergé partout, on lui dit, qu'il fallait aussi en mettre dans la cheminée où l'on entendait quelquefois le diable, quand on entrait dans la chambre. Le capucin se tourna donc vers la cheminée, et, allongeant son goupillon dans le tuyau, il fut étrangement surpris de sentir qu'une main invisible le lui arrachait et l'emportait. La frayeur du bon père se communiqua aux assistants, et tous s'enfuirent dans la rue avec des cris terribles, qui attirèrent une foule de monde à laquelle on raconta ce nouveau miracle.
Mais on fut encore bien plus effrayé, lorsqu'on vit paraître sur le haut de la cheminée le diable tenant le goupillon, avec lequel il gesticulait aussi bien que le meilleur exorciseur.
Après l'avoir considéré quelque temps, arriva un domestique de M. de Lavalette de Lange, qui logeait tout à côté de la cheminée, et qui s'écria en regardant en haut: Oh, voilà le singe de mon maître!