M. de Sartine, ministre de la marine, était fort soigneux de sa coiffure; il avait des perruques merveilleuses pour la quantité de leurs boucles. La veille d'un jour qu'il devait aller de grand matin à Versailles, on avait fort recommandé chez le perruquier d'arranger la perruque le même soir, parce que l'on viendrait la prendre à l'aube du jour.
En conséquence elle fut arrangée et placée dans sa boîte. Pendant la nuit la femme du perruquier accoucha d'un enfant mort, qu'on mit, faute de cercueil, dans une boîte à perruques, pour pouvoir l'enterrer tout de suite. Un moment après que le petit convoi d'enterrement fut parti, un domestique de M. de Sartine vint chercher la perruque. Mais on fut bien étonné, en ouvrant la boîte, d'y trouver un enfant mort. On s'était trompé de boîte, et on avait enterré la perruque de M. de Sartine, qui fut obligé de retarder son départ jusqu'à ce que chaque chose eût été remise à sa place.
Un jeune auteur, qui cherchait fortune, était allé à Ferney pour se recommander à M. de Voltaire. Celui-ci commença par lui demander ce qu'il savait faire, et quel était son métier? Je suis, répondit-il, garçon athée, pour vous servir.—Et moi, répliqua M. de Voltaire, j'ai l'honneur d'être maître déiste; mais, quoique nos métiers soient opposés, je vous donnerai à souper pour aujourd'hui et à travailler pour demain, je puis me servir de vos bras et non de votre tête.
Le duc de Choiseul, étant devenu ministre des affaires étrangères, avait eu la curiosité de connaître le style de M. de Chauvelin, qui, sous le ministère du cardinal de Fleury, s'était acquis la réputation de l'ambassadeur le plus habile de son temps. Il fit tirer du dépôt des affaires étrangères les dépêches de M. de Chauvelin, écrites durant son ambassade en Suisse, et voici une phrase qui lui tomba sous les yeux en feuilletant pour commencer sa lecture. L'ambassadeur, parlant de l'espérance qu'il avait de pénétrer un secret par le canal d'un magistrat qui en était instruit, s'exprimait ainsi: «J'ai déjà mis les fers au feu, pour lui tirer les vers du nez.»
M. de Beaumarchais était fils d'un horloger. Une dame de la cour, pour lui reprocher son origine, lui présenta une très-belle montre qu'elle avait, en le priant de l'examiner et de la lui arranger, parce qu'elle n'allait pas bien. Beaumarchais prit la montre et la laissa tomber sur le pavé du salon, qui était de marbre. Ah, quel malheur, s'écria-t-il, mon père avait raison, il m'avait bien dit que j'étais trop maladroit pour faire son métier.
J'avais une chatte, nommée Ermelinde, qui mérite une place bien distinguée dans l'histoire des animaux par les preuves qu'elle m'a données d'un raisonnement suivi et concluant, supérieur à tout ce que les biographes des bêtes ont cité de plus remarquable.