Son père l’aimait sûrement, et cependant, même sur ce cœur dont elle aurait voulu faire son appui, elle ne pouvait l’emporter contre l’influence d’une femme étrangère… Son fils ?… Il promettait de l’aimer toujours… mais il deviendrait un homme, la vie le prendrait aussi… Lui, l’ami retrouvé, celui qui un moment avait été le rêve d’avenir, perdu, plus encore que les autres.

Et alors, à quoi bon ?

Une lassitude absolue l’anéantissait, l’écrasait. Elle s’étonnait du plaisir qu’elle avait pris si longtemps aux choses frivoles… Elle éprouvait un profond dégoût de tout ; elle aurait voulu rester toujours là, inerte et silencieuse, sans que personne lui demandât rien…

Et elle demeura longtemps, le front penché, sans larmes, presque sans vie… Puis, peu à peu, devant ses yeux flotta une image d’abord indécise, ensuite allant se précisant… Elle vit, délaissé et accablé, l’ami solitaire et malade, sans une tendresse près de lui, et elle en eut une compassion infinie… Avec la pitié, un peu de chaleur lui monta à l’âme ; elle pensa que malgré tout elle pourrait lui faire quelque bien encore. Son cœur, qui lui avait paru de cendre, retrouva quelques étincelles ; de longs soupirs s’échappèrent de ses lèvres, soupirs qui ressemblaient à des sanglots, et la vie, la vie douloureuse et puissante, reprit possession de son être.

XXVI

M. Despasse avait volontiers accédé au désir exprimé par madame Varèze qu’il allât voir d’Estanger dont on continuait à être sans nouvelles. Madame Varèze n’était pas sans inquiétude, ayant en particulier interrogé Désiré.

— Oui, le valet de chambre de M. d’Estanger paraissait trouver son maître vraiment souffrant.

— Est-ce qu’il s’est expliqué ?

— Non, madame, mais il a hoché la tête et a dit que ce pauvre monsieur n’était pas fort.

— Eh bien ! grand-père, demanda Odette lorsque M. Despasse parut après sa visite rue d’Aumale, comment va-t-il ?