— Ma foi, il me paraît en avoir besoin. Vrai, il m’a fait pitié, continua M. Despasse. Je ne comprends pas pourquoi il est renfermé dans une espèce de solitude ; ce garçon qui connaissait tant de monde ne voit plus personne. Je lui ai offert de venir souvent, mais il a refusé : il prétend que les visites le fatiguent, mais il tient à la tienne, Louise.

— Il l’aura. Je crois que c’est surtout le moral qui est malade.

M. Despasse ne contredit pas ; il trouvait que c’était assez parlé de d’Estanger et porta la conversation sur un autre sujet. Madame Varèze s’efforçait de répondre à son père avec son animation habituelle ; Odette s’était éclipsée sans mot dire, ce qui était assez dans ses habitudes. M. Despasse avait été, le jour même, sérieusement contrarié dans ses sentiments tendres, et en ces occurrences il aimait à venir se réconforter auprès de sa fille. Elle devinait d’instinct et s’efforçait de le rasséréner, se montrant encore plus douce et affectueuse que de coutume vis-à-vis de son père. Il la regarda avec complaisance et lui dit :

— Vois-tu, ma petite, rien après tout ne vaut la famille ; un malheureux comme d’Estanger qui n’a ni femme ni enfant, est bien à plaindre quand il est malade.

Et par un retour sur lui-même :

— Il faudra bientôt que je t’apporte ton vieux père à soigner.

— A aimer, père, tu veux dire, le plus tôt sera le mieux.

— Nous en causerons, ma petite.

— Quand tu voudras, père. Tu sais que je ne désire rien de plus ; moi aussi je me fais vieille, Odette s’en ira, nous resterons tous les deux.

— Nous serons joliment bien ! répondit M. Despasse, le cœur débordant d’un contentement égoïste.